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Société

[Dossier] "Bouncer", un métier parallèle à la police ?


Rédigé par E. Moris le Dimanche 22 Septembre 2019



Le secteur de la sécurité est en plein boom et recrute à tour de bras. Pourtant, les conditions de travail de ces agents sont souvent mauvaises, à commencer par des horaires décalés, pour un salaire qui n’est pas à la hauteur et une évolution de carrière limitée.

Impossible d’y échapper !

Depuis quelques années, les agents de sécurité – ces hommes chargés de veiller à la sécurité des biens et des personnes – sont partout : dans les centres commerciaux, les aéroports, les boîtes de nuit ou aux cotés d'hommes politiques… Mais si le marché est en plein boom, cette croissance ne s’est pas faite sans dérives.

Si dans les années 70 à 90, il n'était pas rare de voir ces "gros bras", plus connus comme des "tapeurs" faire la pluie et le bon temps entre règlements de compte et intimidation auprès des mauriciens ou opposants politiques. Aujourd'hui chez les professionnels, il n'est plus question de ce genre de méthodes. On ne dit plus vigiles ou videurs mais agents de prévention et de sécurité. Il n'en reste pas moins que les brebis galeuses dans la profession existent.

Certains bouncers de la place sont souvent associés à des activités illicites et illégales. Passage à tabac, menaces de mort, intimidation, ils sont armés illégalement aussi bien, voir mieux que la police : armes à feu, matraques, coups-de-poings américains sont utilisés par la force, dans le but de "terroriser" ceux qui sont pris pour cible.

Tous les intéressés le disent : on devient agent de sécurité davantage par nécessité que par choix, d’autant plus que cette profession est facile d’accès. « C’est un métier peu qualifié, il suffit d’avoir son casier judiciaire vierge et une formation d’une centaine d’heures ou un bon réseau ».

A travers notre enquête, les professionnels déplorent un manque de diplôme valorisant pour que les agents de sécurité soient plus reconnus et mieux payés. Concernant les casiers judiciaires vierges, il n'est pas rare de voir des jeunes avec un passé judiciaire sulfureux vouloir jouer aux gros bras et prendre de l'emploi. Plus le casier est étoffé, plus il a la reconnaissance de ses pairs.

Les frères Bhoyroo auraient par exemple, (ceux là même qui auraient menacés La Rédaction de Zinfos Moris lors d'un rapport d'une sentence judiciaire), toujours leur permis de leur agence de sécurité Twins Bodyguard alors qu'ils sont incriminés dans une affaire de meurtre et ayant également fait de la prison. Ce qui selon de nombreux professionnels contactés par La Rédaction, dévalorisent le métier mais aussi leur crédibilité auprès du public : « Nous n'avons pas besoin de caïds mais des gens compétents, rassurants et qui inspirent la confiance. »

Agression à Grand-Baie

Fin mars, les Mauriciens ont été témoins d'une scène peu banale et d'une violence inouïe dans le Nord de l'île. Sur une vidéo, on pouvait y voir à la sortie de la boîte de nuit le Safari Bar à Grand-Baie, Rivière Du rempart, des vigiles habillés en noir et portant un t-shirt "sécurité", agressés des personnes et notamment des femmes, les menaçant à coups de sabre, marteau et batte de baseball.

Agression de Dream Price Terre Rouge

Plus récemment, c'est un des managers de Dream Price de Terre Rouge qui s'est fait agressé à coups de gourdins et de sabres par des agents de sécurité en présence d'employés notamment des femmes sur leur lieu de travail. Grièvement blessé, il dit vivre dans la peur après avoir reçu des menaces de mort sans qu'aucune arrestation n'a eu lieu malgré l'identification d'un des présumés suspects.

Si dans le précédent cas, il n'y a eu aucune arrestation, lors de la bagarre à Grand-Baie, la pression populaire est l'indignation était telle que la police ne pouvait faire autrement que de procéder à quelques arrestations. Une immunité bien souvent "tolérée" par les force de l'ordre qui avouent sous couvert d'anonymat que les "bouncers" sont souvent leur meilleur "indic" mais qu'ils ont aussi peur des représailles par la suite. 

« Dans le métier, beaucoup de personnes partent rapidement à cause des conditions de travail », constate Jean-Paul*. « Les jeunes restent souvent agents de sécurité quelques années, puis tentent des concours de police, gardien de prison, l’armée ou même créent leur propre société de sécurité. Physiquement, c’est dur à suivre comme rythme de vie. »

« Moi je suis jeune, donc je peux tenir ce rythme, mais pour quelqu’un de plus âgé c’est plus compliqué, il faut une bonne condition physique ».

* Nom modifié pour les besoins de l'enquête


Le dessin du jour : Comment reconnaître un "bouncer"?



 

Dimanche 22 Septembre 2019

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