Culture

Whitman, le nouveau roman de Barlen Pyamootoo

Vendredi 24 Mai 2019

L’histoire du poète Walt Whitman au chevet de jeunes soldats de la guerre de Sécession...Dans Whitman, Barlen Pyamootoo s’empare de la figure de Walt Whitman, géant de la poésie américaine, pour nous faire sillonner, à travers les yeux du poètes, les théâtre d’opération de la guerre de Sécession.


Barlen Pyamootoo. Patrice Normand / éditions de l'Olivier
Barlen Pyamootoo. Patrice Normand / éditions de l'Olivier
Le Mauricien Barlen Pyamootoo est un romancier singulier. Ses livres racontent des « géographies d’âmes », aime-t-il dire.

Romancier, mais aussi cinéaste, éditeur et beaucoup d’autres choses en même temps, Barlen Pyamootoo s’est fait connaître en 1999 en publiant son premier roman Bénarès, un «  road novel  » beckettien qui renouvelle la pensée des racines et du désir si chère aux écrivains de Maurice depuis presque trois siècles.

Le dernier roman Whitman ne déroge pas à la règle. Le 16 décembre 1862, le poète Walt Whitman apprend que son frère George a été blessé à la bataille de
Fredericksburg (Virginie), l’une des plus meurtrières de la guerre de Sécession. Il quitte aussitôt Brooklyn, prend le ferry pour le New Jersey, puis le train pour Philadelphie et débarque à Washington où il cherche en vain son frère dans les quarante hôpitaux militaires. C’est à Falmouth, où campe le régiment de son frère, qu’il le retrouve, légèrement blessé. Walt prend alors soin de lui durant toute une semaine. C’est ce moment crucial que relate le roman de Barlen Pyamootoo, ce court séjour qui a bouleversé sa vie : la vision des corps mutilés et des cadavres restera à jamais pour lui l’image des horreurs de la guerre. Whitman dira même que la guerre de Sécession l’a « sauvé » et que son œuvre et cette guerre ne font qu’un.

Walt Whitman – dont on célébrera le bicentenaire en 2019 – a révolutionné la poésie américaine avec son recueil Feuilles d’herbe, dans lequel il révèle son homosexualité et célèbre la jeune démocratie américaine.

Barlen Pyamootoo en a fait un magnifique héros romanesque. Loin des conventions du roman historique, ce livre, met en regard la cruauté de la guerre et la puissance de la poésie.

Barlen Pyamootoo a passé son enfance et son adolescence à l’île Maurice, avant de partir en France avec sa famille en 1977. Après des études de Lettres et quelques années d’enseignement à Strasbourg, il s’est de nouveau installé à Maurice et vit à Trou
d’Eau Douce. Il a publié quatre romans aux éditions de l’Olivier : Bénarès (1999), Le Tour de Babylone (2002), Salogi’s (2008), L’Île au poisson venimeux (2017)

Son dernier roman Whitman est en librairie depuis le 2 mai 2019.
 

Extrait

À peine descendu du train, Walt est saisi à la gorge par une forte odeur de moisi qui arrive par bouffées et qui imprègne usqu’à sa peau et ses vêtements. Il pense d’abord à l’humus des bois, aux feuilles et aux brumes d’automne, puis à ses carnets piqués, rongés par l’humidité, et pour finir à la neige sur le sable et à son enfance à West Hills, mais avec une senteur enivrante qui, à marée basse, s’élevait des algues flottantes. Il s’éloigne des quais, suit des voyageurs qui se bouchent le nez et se hâtent vers la sortie, contemple la salle d’attente, sa voûte et le hall d’entrée, salue du chapeau des femmes massées à l’angle de la ruelle et de l’avenue qui partent de la gare et s’approche d’un homme qui chantonne sur une seule note sous un réverbère à gaz. Il a le souffle court et l’haleine fétide et il semble attendre quelqu’un, il n’arrête pas de se gratter la barbe en secouant la tête ou en agitant un pied. Avec un sourire songeur et presque moqueur, il le regarde comme de loin après que Walt lui ait demandé où se trouve l’hôpital militaire le plus proche. Et on croirait que sa voix, pourtant vibrante, vient elle aussi de loin. Les yeux errant sur un magasin où s’entassent des barils de farine et de viande, des sacs de café et de sucre, des jarres de miel et de bourbon, Walt se demande comment il pourrait décrire la ville à quelqu’un comme sa mère qui n’y a jamais les pieds. Il lui parlera aussi des nappes de brouillard et des murs couverts d’affiches et de boue en train de fondre, des ombres que l’on aperçoit à travers les fenêtres des maisons qui s’éclairent de bougies et des silhouettes à l’arrêt sur la grève, courbées vers la terre. Le nez au vent, parce qu’il a flairé une odeur semblable à celle qui empestait la gare et enfin compris pourquoi elle lui semblait si familière et si épouvantable, Walt suit une allée pierreuse qui mène à un bâtiment en brique d’un étage. Le premier couvent de la ville, lui a dit d’un air entendu l’homme sous le réverbère, qu’on a converti en hôpital. Et parce que c’est le plus proche de la gare et du débarcadère, on y accueille les grands blessés et les grands malades qui ne peuvent se risquer à prolonger le voyage.

Rédigé par E. Moris le Vendredi 24 Mai 2019

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