Politique

Retour sur l'affaire Bet365 et la chute de l'ex Attorney General : Ravi Yeerigadoo

Mardi 3 Juillet 2018

Une parodie d'enquête d'investigation montée en mayonnaise et un manque flagrant de déontologie et d'éthique. Un escroc transformé en héros et des journalistes qui sont devenus leur propre caricature.
A la veille d'une question parlementaire Hussein Abdool Rahim a été arrêté lundi 2 juillet, sous une accusation provisoire d'escroquerie de Rs 935 000 dans l’affaire Bet365. Il avait porté de graves allégations contre l’ex-Attorney General Ravi Yerrigadoo dans un affidavit avant de se rétracter. Il disait avoir été manipulé. L’affaire Bet365 avait contraint Ravi Yerrigadoo à démissionner de son poste d’Attorney General à la demande du Premier ministre Pravind Jugnauth.


Rappel des faits. 

Le journal de La Sentinelle titrait en Une, le 11 septembre dernier : "Blanchiment d’argent soupçonné : Les jeux sont-ils faits pour Ravi Yerrigadoo ?" avec en première page une lettre portant l’entête du Bureau de l’Attorney General et la signature du principal concerné.

À en croire la publication, le scandale est sans précédent. Un certain Hussein Abdool Rahim accuse le ministre de la Justice de blanchiment d’argent de plusieurs millions de roupies.

Il implique également deux autres compères. La lettre fait comprendre que l’ancien Attorney General se porte garant pour le parieur auprès de Bet365 et qu’il n’y a aucune entrave légale à ce que Hussein Abdool Rahim décaisse ses gains de cette société de paris en ligne. Ces révélations ont mené à la démission de Ravi Yerrigadoo. 

Depuis, l'affaire Bet365 a connu un revirement de taille après que Husein Abdool Rahim a changé sa version le 21 septembre sur le plateau de Radio Plus. Lui qui avait, au départ, accusé l’ex-Attorney General, Ravi Yerrigadoo, de tentative de blanchiment d’argent, accuse désormais Roshi Bhadain de complot avec la complicité des journalistes de la Sentinelle.  

Les journalistes qui ont contribué à rendre publique cette accusation, désormais dans le collimateur des enquêteurs pour « complot » contre Ravi Yerrigadoo. Et notre ex Attorney General passé à la lessive, blanchit, plus propre que propre nous a offert un grand moment d'émotions en chouinant face au grand pardon de l'escroc repentit.  

L'escroc mythomane, qui est déjà impliquée dans une affaire d’escroquerie, accusé de sextorsion, d’extorsion de fonds, de coups et blessures sur une jeune femme. Lui qui fut érigé comme un "lanceur d'alerte" sorte de héros justicier par l'Express, on y apprend qu'au final, il a juré un faux affidavit.  

Cette enquête a explosé à la figure de tout un chacun. Les rebondissements digne d'un mauvais film entre malaise et consternation. Les règlements de compte des "confrères" de la presse ont donné l'impression d'être sur un champ de bataille. A croire qu'on s'était trompé d'ennemis. 

Si il est vrai que l'arrogance détestable et les mises en scènes médiatiques des "vedettes" de l'info sont décriées. Il n'empêche qu'au delà de ces enfantillages qui agitent l'opinion, il faut revenir sur les faits qui ont forcé Ravi Yerrigadoo, Attorney General nommé, sans mandat électif, à la démission.  

L'ex ministre de la Justice a signé une lettre de caution en faveur d’un homme en attente de procès pour escroquerie, le déclare exonéré par la FIU, délègue un de ses petits nominés politiques, lui aussi du clan du bookmaker préféré du MSM, aux Casernes centrales, pour s’assurer que le protégé Hussein Abdool Rahim obtienne bien son passeport.

L'ex ministre a contribué à contourner toutes les procédures pour faciliter le départ de quelqu’un qui était formellement accusé d’escroquerie. C'est tout simplement ce qu'a révélé L’Express, avant la rétraction, sur les ondes d'un groupe concurrent de l'escroc repentit.  

Par la suite, c'était journée spectacle avec forfait illimité.

La triple descente de police aux petites heures au domicile des journalistes de l’Express. Ces derniers dans le rôle de fugitifs en herbe se sont rendus au Casernes centrales, après un suspense et une mise en scène à faire pâlir les studios de Spielberg, accompagnés de leurs avocats. S'en est suivi une page sur Facebook, des t-shirt, un appel à la mobilisation, le hashtag qui s'impose dans le style de la résistance à la Che Guevara, des mots de soutien des quidams de service qui eux aussi ont profité de leur minute de gloire avec des phrases dégoulinantes de solidarité, le bal des hypocrites qui ont craché et pilés sur leurs confrères la veille et qui pour quelques likes se sont efforcés laborieusement de se mettre au dessus de la mêlée avec des bons sentiments qui suintent faux. Les statuts Facebook de nos journalistes devenus martyrs et héros populaires qui se la jouent Mandela dans une feinte humilité.  

Et pour couronner le tout, le Premier ministre, revenant d'un séjour chez les Trump. Il y était pour une conférence à l'ONU. Rien de mieux qu'un fou rire en l'écoutant parler des droits de de l'Homme alors que nous sommes dans un Etat policier.

Rédigé par E. Moris le Mardi 3 Juillet 2018

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