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Un autre regard

[Opinion] Quand Rama Valayden débloque


Rédigé par E. Moris le Samedi 8 Mai 2021



En conférence presse hier, Rama Valayden et Sanjeev Teeluckdharry ont défendu bec et ongles leur client Ritesh Gorroby. À se demander s’ils ne se sont pas trompés de forum en choisissant le tribunal populaire, via une conférence de presse, au lieu de la cour de justice. L’avocat y met tant d’ardeur qu’il va jusqu’à piétiner le concept de séparation des pouvoirs. 

Néanmoins, c’était très instructif de le voir mettre autant d’énergie à défendre Ritesh Gurroby. C’est son droit et, quelque part, son devoir de défendre une personne mise en cause. Même pour une histoire de drogue ! 

Il a expliqué qu’il était l’avocat de Ritesh Gurroby : (i) lorsque ce dernier a eu des problèmes avec l’ex-ministre Prem Koonjoo ; (ii) lorsqu’il a contesté une mesure du gouvernement de permettre l’importation de 400 tonnes de poissons et (iii) lorsque ses bateaux de pêche étaient menacés de saisie. 

Mais avec sa conférence de presse, Rama Valayden a voulu insinuer que : (i) Ritesh Gurroby était la cible de plusieurs organismes de l’État (MRA, police) et même des autres organismes et qu’il aurait pu avoir été piégé ; (ii) Ritesh Gurroby savait qu’il était surveillé et ne se serait donc jamais livré à de telles transactions ; (iii) Ritesh Gurroby, de par la façon dont il a agi, n’a pas de « guilty mind » et n’est pas impliqué dans cette histoire et (iv) les Gurroby ne peuvent être les importateurs d’autant de drogue.

Me Sanjeev Teeluckdharry a même déclaré publiquement qu’il faut « chercher le véritable cartel de drogue ». 

Mais mieux ! Rama Valayden fait un parallèle dangereux entre l’histoire de la drogue dans la tractopelle et cette affaire. S’il a raison que l’enquête de la police semble s’enliser en ce qui concerne la tractopelle, il laisse tout de même transparaître que les patrons de la firme à qui appartient la tractopelle n’ont pas été inquiétés. Donc, dans le cas des grands patrons, la police traine les pieds. Mais dans le cas de son client, ou plutôt ses clients, les autorités agissent avec promptitude. Rama Valayden a même déclaré que même si tous les Mauriciens qui sont à la tête des gros réseaux se regroupent, ils ne pourront réunir la somme nécessaire pour importer une telle quantité de drogue. 

Il fait fi de la séparation des pouvoirs 

Oublions que, dans son plaidoyer, Rama Valayden nous demande de le croire sur parole à plusieurs reprises. Oublions aussi qu’il met certains faits dans une perspective particulière afin de susciter le doute. Mais il a tout de même dit, à un certain moment, qu’il n’y a aucun mal pour un Premier ministre ou pour un Attorney General d’appeler le chef juge pour lui demander de faire due diligence. « J’ai déjà été Attorney General. Dans une affaire de drogue ou de saisie de biens, si j’étais Premier ministre, j’appelle le chef juge et je lui demande de faire due diligence », affirme-t-il. Il évoquait une demande expresse d’un ordre de saisie dans un cas de drogue. 

Très joliment dit ! Sauf que le concept de séparation des pouvoirs empêche le Premier ministre ou tout autre ministre, même l’Attorney General, d’appeler le chef juge… ne serait que pour lui demander de faire due diligence. Même pour la bonne cause ! Rama Valayden oublie que le judiciaire est indépendant, du moins est supposé l’être. 

On n’appelle pas un chef juge pour lui demander d’accélérer une procédure. À moins que ce ne soit un patron du judiciaire de pacotille. Il y en a eu malheureusement ! Néanmoins, c’est d’ailleurs ce genre de comportement qui a miné le mandat de Rama Valayden en tant qu’Attorney General. Et aussi une certaine propension à penser que la police et la justice était aux ordres du gouvernement. Ce qui lui avait valu plusieurs tapes sur les doigts ! Nous y reviendrons une prochaine fois. 

Tout ce que Rama Valayden a déclaré dans sa conférence de presse n’est pas forcément faux… Sa maîtrise du dossier trafic de drogue est impressionnante. Ses connaissances dans le domaine des gros barons pourraient faire beaucoup d’envieux. Et pour cause ! Il a beaucoup défendu les gros bonnets.

Mais faire accroire que son combat pour Ritesh Gurroby équivaut à une croisade en faveur de la vérité, il y a tout de même un pas à franchir. Car il ne faut pas oublier qu’il y a des suspects arrêtés, dont un policier, et des dénonciations faites. 

La bataille des Gurroby devra se livrer au tribunal. Elle se gagnera ou se perdra chèrement… dans tous les sens du terme.

Samedi 8 Mai 2021

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