Menu


Un autre regard

[Opinion] A Maurice, le coronavirus met en danger les élites et met à nu les défaillances en matière de santé publique


Rédigé par E. Moris le Vendredi 10 Avril 2020



A Londres, Paris, Singapour, La Réunion, l'Inde ou Dubaï, la classe politique mauricienne a ses habitudes dans les hôpitaux où elle se fait soigner par des médecins de renom. Ces personnalités à la santé fragile quittent discrètement le territoire pour avoir les meilleurs soins. Ces dernières années, le ministre mentor, s’est lui aussi absenté du pays plusieurs semaines durant pour traiter ses problèmes de santé.

Personne n'est épargné par ce virus qui infecte les chefs d'État, les ministres et les parlementaires, y compris le citoyen ordinaire.

La nouvelle est tombée tard dans la soirée de jeudi, tous les membres du High Level Committee sur le Coronavirus, présidé par Pravind Jugnauth et ceux de la cellule de communication sont en isolement de chez eux ou dans un centre de quarantaine.

Maurice, qui consacre à peine plus de 4 % de son budget à la santé se retrouve face au mur.

Malgré la crise sanitaire, les plus riches ont pris leurs propres dispositions en matière de soins pour éviter de surcharger davantage le système de santé publique, qui est soumis à tant de pressions. Et soyons honnêtes, surtout sans doute peu désireux de s’infliger le calvaire des hôpitaux publics.

Le coup de pouce des cliniques privées qui tendent la main au gouvernement est providentiel.

Car cette classe dirigeante, est la première touchée, elle qui a l'habitude de dépenser dans les prestigieux hôpitaux à l'étranger se retrouve bloquée par les suspensions des vols suivies des fermetures de frontières et des mesures de confinement. Les voilà soudain confrontés aux conséquences concrètes d'une politique de négligence dans les hôpitaux publics dont les établissements sont régulièrement dénoncées.

« Pris à leur propre piège »

Les dirigeants doivent à la fois se soigner ou se protéger, tout en essayant de gérer cette crise et de masquer leurs échecs en matière de santé publique. Ils sont en quelque sorte pris à leur propre piège et c’est une première. Maurice n'est pas seul, du Mali au Zimbabwe, de la République démocratique du Congo (RDC) à la Côte d’Ivoire, les chefs d’Etat, leurs conseillers et leurs ministres de même que leurs proches peinent à contenir leurs inquiétudes. Ils sont tous confinés !

La pandémie exacerbe les inégalités sociales et renforce les sentiments d’injustice face à la santé. Va-t-on en tirer des leçons ?

Si le pays veut se donner une image exemplaire, ce n'était pas gagné d'avance. Malgré l'état d'urgence, les frontières terrestres, aériennes fermées et un couvre-feu instauré, les plus riches peuvent s'offrir le luxe de s'évader, les autres sont cloués au sol.

Après la fuite des cerveaux, la fuite des élites par évacuation sanitaire ?

L'évacuation sanitaire leur permet de bénéficier des soins à leurs frais dans le pays de leur choix. C'est ainsi que la famille d'un homme d'affaires, touché par le Covid-19 et dans un état critique, a décidé d'affréter un jet privé pour l'emmener en Australie, afin qu'il bénéficie de meilleurs soins. On ne peut pas reprocher à celui qui a grandement contribué à l'économie du pays de se priver de soins qu'il peut se permettre. Sinon à quoi bon d'avoir des comptes en banque ?

Ce qui explique en partie pourquoi sur les réseaux sociaux deux camps s'affrontent. Certains louent le « courage » du Premier ministre dans un clip qui circule comme en pleine campagne électorale, d'autres fustigent « l'incompétence » du gouvernement. Dans les deux cas, c'est un peuple divisé qui affronte cette crise sanitaire sans précédent, avec son lot de pagaille en tous genre, ses couacs et disons le avec un certain amateurisme. Le ministre de la Santé fraîchement nommé en est le reflet et ses sbires placés dans les hôpitaux publics sur des accointances politiques n'inspirent pas confiance. On avance dans la crise avec le sentiment d'être tout simplement pris au piège.


Nouveau commentaire :

Règles communautaires

Nous rappelons qu’aucun commentaire profane, raciste, sexiste, homophobe, obscène, relatif à l’intolérance religieuse, à la haine ou comportant des propos incendiaires ne sera toléré. Le droit à la liberté d’expression est important, mais il doit être exercé dans les limites légales de la discussion. Tout commentaire qui ne respecte pas ces critères sera supprimé sans préavis.