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Jean-Luc Mootoosamy

[Jean-Luc Mootoosamy] Face aux attaques d'un Premier ministre, répondre par le journalisme


Rédigé par Jean-Luc Mootoosamy le Dimanche 14 Août 2022



Depuis deux jours, le leader du Mouvement Socialiste Militant (MSM) et ses soutiens, effectuent une tournée des circonscriptions de #Maurice dans le cadre des 40 ans de leur parti. Il se trouve que ce chef de parti est également Premier ministre du pays mais sa démarche est ici clairement partisane. Dans l’assistance, il est bien servi. Toutes et tous lui sont acquis. D’ailleurs, ils le hurlent : « Sa ki nu le » (c’est ce que nous voulons).

Ce samedi 13 août, après avoir souligné le succès incontestable de la campagne de vaccination à Maurice contre la COVID 19, ce leader de parti s'est élancé sur une critique vive de l'opposition parlementaire et extra-parlementaire qui, dans une extraordinaire cacophonie, tente toujours de s’organiser pour lui faire concurrence. Cette critique était attendue. Il s’est ensuite attaqué à la presse qui ne lui est pas favorable. C'est aussi attendu. Cependant, si la presse mauricienne n’est pas parfaite - loin de là - et collectionne aussi des bourdes, ce chef de parti est descendu à autre niveau d'attaque. Pointant du doigt les journalistes présents pour couvrir sa réunion et avec une foule bien chauffée, il a accusé sans précision, "certains journalistes" de complicité d'entente mafieuse. Rien que ça !
En tant que média, doit-on continuer à servir ce genre de discours au public ? Que faire lorsque son métier est insulté par l’homme le plus puissant du pays grâce aux pouvoirs que lui donne la Constitution ?

Je me permets ici cette contribution. D’abord, je n’aurais pas boycotté cet homme. Pas parce qu’il est aujourd’hui Premier ministre mais parce que, au nom du droit de savoir, les citoyens doivent être informés. Cependant, informer, ne veut pas dire s’aplatir devant tout et n’importe qui.

Ayant pris connaissance de la teneur des propos des deux premières réunions partisanes du MSM, j’aurais suspendu tout "live" de ces rencontres sur les réseaux sociaux. Il est hors de question d'exposer une audience fidèle à des tels propos et de donner à ces meetings une existence publique sans filtre. Le public attend des journalistes une hiérarchie de l’information.

Ensuite, j’aurais pesé chaque mot dit par les intervenants. A l’écoute de ce qu’a dit le leader du MSM, s’il a l’intention de répéter les mêmes choses, et bien j’écrirais simplement ce que nous appelons en rédaction, une brève : « Le Mouvement Socialiste Militant poursuit son tour de l’île pour ses 40 ans d’existence. Les membres de ce parti et son leader étaient aujourd’hui/hier à XXX. Ils ont renouvelé les mêmes critiques émises depuis le début de cette tournée contre l’opposition parlementaire et extra-parlementaire et porté des accusations contre des titres de presse. La prochaine réunion aura lieu le XXX à la circonscription n° XXX ».

A moins d’une nouvelle, une déclaration concernant une lettre « anonyme » par exemple, il n'y aurait rien d'autre à ajouter. Une photo ? Pourquoi serait-ce nécessaire ? Un audio ? Une vidéo ? Est-ce que cela apportera quelque chose de plus à la brève ? Ce parti a suffisamment de relais pour faire voir et entendre des redites. 

Une brève, c'est la juste taille que ces acteurs politiques ont donné à leur événement.  Une brève, c'est aussi l'espace minimum pour que la presse mauricienne, attaquée, se montre solidaire et conserve sa dignité. A ceux qui diraient que c'est de la censure, je répondrais que c'est, simplement, du journalisme.

A propos de l'auteur : Après l’aventure Radio One, Jean-Luc Mootoosamy a été journaliste et gestionnaire de programmes médias en zones de conflits. En novembre 2017, il lance « Media Expertise », avec des professionnels de médias pour des missions de terrain. Il a exercé comme consultant pour, entre autres, l’Organisation Internationale pour les Migrations, et l’Agence Française de Développement

Dimanche 14 Août 2022