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Société

[Billet d'humeur] Un spectacle de télé-réalité sordide à l'ère du "toujours plus"


Rédigé par E. Moris le Dimanche 18 Avril 2021



Chaque jour défile, des familles épris de douleur et de souffrance qui cherchent à faire le deuil dans le recueillement. Mais c'est sans compter, quelques médias qui flairent l'odeur du sang, à l'affût de l'article qui fera du clic à tout prix.

Les faits divers sont glaçants : "Fauché par une voiture", "écrasé sous les roues d'un autobus", "brûlé à bord de son volant"...piétons, automobilistes, en moto ou en vélo, et même sous les rails d'un tram, La vie des tout petits enlevés dans des circonstances troublantes, c'est désormais en partie la vie au quotidien.

La dernière en date concerne le décès d'un nourrisson qui a fortement ému les Mauriciens. Un couple allègue qu'il y a eu négligence médicale dans le déroulement de l'accouchement. La petite victime mise dans une boîte en carton pour être transportée à la morgue a suffit pour enflammer la Toile. La douleur des parents a été ressentie par tous, créant une très grande solidarité envers la famille endeuillée. Chacun s'estimant ce jour là, parent de cette petite vie perdue.

Un spectacle de télé-réalité sordide à l'ère du "toujours plus"

Mais voilà, si certains médias, avec un très grand professionnalisme ont soutenu les parents afin de mettre dans la lumière cette affaire pour obliger les autorités à réagir, d'autres n'ont pas hésité à suivre en direct chaque étape. Du corps de la victime trimballé dans une boîte en carton, le père dans un désarroi infini à la morgue, les funérailles, l'intervention de la mère sur son lit d'hôpital. Le/la journaliste bafouillant des banalités mais tenant son audience au-delà de la décence et de l'éthique.

Nous n'allons pas vous mentir, nous avons eu honte pour notre métier, honte pour nos confrères et honte de nous taire.

Certains, pourtant, en ont fait leurs fonds de commerce le week-end. La photo des victimes en Une avec en supplément, l'étalage de leur vie privée. La famille aura droit avec une certaine "condescendance" selon le cahier des charges de la rédaction, de "témoigner" face caméra avec la dose de larmes et de détresse dans les yeux. Même angle, même approche, ce ne sont que les visages qui défilent semaine après semaine avec un choix éditorial assumé ou revendiqué.

Les médias se donnent comme alibi que les spectateurs ont un petit penchant pour le voyeurisme et en demandent toujours plus. La vérité est primaire, elle fait vendre

Dans le feu de l'impudeur moderne consistant à dévoiler la mort de quelqu'un dans une situation dramatique, transformant l'individu en spectacle, c'est l'escalade du "toujours plus", toujours plus d'images, toujours plus de témoignages. Plus aucune retenue n'est observée. Sur fond de concurrence, c'est à qui ira le plus loin, à qui sera le premier. 

Le droit à l'information est inaliénable, mais faut-il pour autant exhiber toute cette souffrance qui relève après tout de l'intime. Doit-on tout montrer, à n'importe quelle heure et à n'importe quel public. Le débat sur les limites au devoir d'informer est difficile, il n'y a pas que le scoop comme référence. 

Si nous nous devons d'être honnêtes, les grands médias ne sont pas les seuls responsables de ce voyeurisme-là, à l’heure où chaque individu devient potentiellement producteur d’information, les médias sont concurrencés par les réseaux sociaux sur lesquels les événements circulent en temps réel. 

Ce voyeurisme numérique ne serait pas possible sans l’exhibition dans notre vie au quotidien de nos activités. Le succès de Facebook, Instagram ou autres réseaux sociaux est indéniable. Même nous, journalistes, qui sommes pourtant aguerris, avons un haut le coeur. C'est trop ! Et si  nous aussi, devenons un jour, victimes malgré nous de ce voyeurisme là...?

Dimanche 18 Avril 2021

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