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Société

[Société] Les Mauriciens ont-ils toujours autant confiance en leur police ?


Rédigé par E. Moris le Samedi 23 Janvier 2021



Une perte de crédit lorsque des proches du pouvoir invitent à la « provocation à la haine raciale » et font des « injures à caractère raciste », ou se substituent aux autorités pour faire régner la loi. Ceci continue de nuire à l'unité nationale, tout comme lorsque des têtes brûlées brandissent des armes sur la place publique à la vue et à la barbe des policiers...qui n'ont rien vu.

Nous avons été les premiers et les rares à avoir dénoncé l’excès de zèle de la police s’agissant de faire respecter les consignes de confinement, puis du couvre-feu, deux des mesures importantes prises par le Premier ministre Pravind Jugnauth pour stopper la propagation du coronavirus dans l’île.

Des mesures prises par la police, sous les ordres de son commissaire, et sous la supervision du ministre de l’intérieur, qui se trouve être aussi le Premier ministre.

La brutalité policière, c’est un drame que connaissent même les démocraties modernes. Filmer des interventions policières pour faire respecter le couvre-feu, à coups de matraques et en utilisant un langage ordurier et de terreur, pour ensuite diffuser sur les réseaux sociaux est irresponsable. Voir une trentaine de membres de la force régulière, aidés de la Special Mobil Force (SMF), pour défoncer une maison vétuste et terroriser des enfants et des femmes, lyncher deux hommes âgés, les embarquer manu militari et continuer à les tabasser dans un poste de police tout en les filmant, encourage la violence par la violence. Le tout pour choquer, faire peur, montrer sa suprématie, sa force de frappe. 

Des éléments de la police que souvent on appelle des «brebis galeuses» mais qui rassemblent un véritable troupeau

Pour le ministre de l'Intérieur, la fin justifie les moyens, il est plus simple de tenir ceux qui ne respectent pas les règles, responsables de l’aggravation de la situation à Maurice. Pour le commissaire de Police, il doit venir justifier les moyens utilisés, en annonçant l’ouverture d’une enquête, dont on attendra les conclusions ad vitam æternam.

- Qu'est devenu Ramjuttun Moher, dit Dhiren, qui fait l'objet d'une polémique entourant des messages invitant à la « provocation à la haine raciale » et « injure à caractère raciste » avec son groupe "Har Har" où ses membres ( son épouse, un publicitaire et un animateur radio entre autres) veulent avoir des fusils, si ce n’est des sabres ?

- Comment un rassemblement sous forme de "rallye" à Grand-Bassin organisé le 2 novembre par le beau-frère du ministre des Infrastructures, Bobby Hurreeram, Senna Budlorun, avait des participants, marchant sabres en main, sous forte escorte policière ? Comment se fait-il que là encore les policiers n’aient rien vu?

- Doit-on revenir sur le lynchage en bande organisée sur un homme qui sous l'influence de l'alcool aurait tenu des propos sectaires ? De la présence disproportionnée de ces 300 hommes en uniforme – incluant des tireurs d’élite –, dans la capitale pour protéger un ministre convoqué en cour ? Que dire de ces "gros bras", venus soutenir et protéger Sawmynaden ? A quand la convocation du ministre aux Casernes ?

Le Commissaire de Police, Khemraj Servansingh, en animant une conférence de presse aux Casernes centrales vendredi 22 janvier, après le meurtre de Manan Fakoo tué à coups de balle, s'est voulu rassurant en affirmant avoir "la situation bien en main". Qui veut-il impressionner?

Certes, il y a eu deux arrestations à ce jour, et des armes qui datent de Mathusalem retrouvées miraculeusement dans une zone marécageuse. Mais des zones d'ombre subsistent concernant les circonstances du décès de cet homme. La Presse police n'arrange rien les choses avec une communication alambiquée disant tout et son contraire.

« Il n’y a rien de communal dans cette affaire », a insisté le Commissaire de police.

Cette déclaration est intéressante à plus d'un titre car cette piste n'était pas privilégiée. Pourquoi y faire référence ? Il explique par ailleurs que ce dossier a pour toile de fond « ene zafer entre la victime et ene dimoune. » A la question "Y a-t-il un escadron de la mort dans le pays ?", référence au panel d'avocats dans l'affaire Kistnen qui ont évoqué cette éventualité. Réponse : "Pena.  Pas pou ena. J’ai moi-même participé au démantèlement des escadrons de la mort dans le pays au temps où j’étais aux commandes de la Special Mobile Force." Sauf que nous sommes en 2021 et non dans les années 90 !

Contrairement aux paroles rassurantes et bon enfant du commissaire de police, le sentiment d’insécurité prévaut dans le pays. Un Commissaire des prisons, ex commissaire de police épinglé dans une affaire de trafic de drogue, un Servansing qui traite les enquêtes selon l'agenda du gouvernement. Difficile de faire confiance à cette police prompt à la servilité plutôt qu'à son indépendance.

Samedi 23 Janvier 2021

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