Edito de Moris

Quand Ameenah Gurib-Fakim roule les ténors du barreau dans la farine !

Dimanche 2 Septembre 2018

L’ancienne présidente de la République a davantage bouleversé la profession légale que la commission d’enquête sur la drogue avec ses terribles recommandations.


Quand Ameenah Gurib-Fakim roule les ténors du barreau dans la farine !
La présidente innocente, qui disait lire les législations avec un regard de citoyen lambda, ne l’est peut-être pas tant que ça.

Et pour cause ! Elle est responsable d’un beau bordel – excusez l’expression –, dans lequel pataugent ceux qui voulaient l’aider, sur un plan strictement professionnel ou avec des arrière-pensées politiques ou encore pécuniaires. Et de chaos, elle est celle qui s’en sort le mieux… ou alors avec le moins de dommages !

Que retient-on des divers témoignages devant la commission Caunhye ? D’abord, que sir Hamid Moollan, un des doyens du barreau mauricien, pourrait avoir accepté la présidence d’une commission d’enquête sans avoir pris connaissance de tous les détails. 

Sa version, qu’il va sûrement livrer dans les prochains jours, apportera un éclairage certain sur le scénario qui s’est joué en mars. Mais force est de constater qu’avec la présidence d’une telle instance, qui est grassement rémunérée, précisons-le, on peut acheter un ténor du barreau comme on choisit un produit en rayon de supermarché. 

Que retient-on encore ? Tout simplement qu’un autre ténor du barreau, qui plus est avec un long passé politique, s’est fait embobiner par une novice, une layman comme les avocats ont l’habitude de dire. Me Yusuf Mohamed, qu’on retrouve souvent dans ce genre d’affaires ultra médiatisées, est celui qui s’en sort avec le plus de dommages. 

Outre le fait que (selon lui), ses conseils n’ont pas été suivis, il a été cloué au pilori par sa VVIP de cliente qui, de surcroit, porte plainte contre lui au Bar Council lorsqu’il dévoile certaines informations relevant de ses conversations avec celle qu’il défendait bec et ongles il y a peu. Si cela n’équivaut pas à être le dindon de la farce, cela y ressemble fortement. 

Est-ce que les actuels représentants légaux d’Ameenah Gurib-Fakim s’en sortent mieux ? Non ! Car, en guise de réplique, Me Yusuf Mohamed a concentré ses tirs sur Me Hervé Duval, soulignant que l’actuel défenseur principal de l’ancienne présidente est un éventuel témoin de la commission (car il avait conseillé l’ex-Présidente à l’époque) et qu’il est aussi le président du Bar Council, organisme devant lequel Ameenah Gurib-Fakim l’a rapporté. 

S’il s’avérait, comme le soulignait Hervé Duval dans la presse, que Me Yusuf Mohamed a voulu dévier l’attention, force est de constater que son tir de diversion a eu l’effet escompté. Car il a mis le Bar Council, comme le précisait les Zinfos-Moris dans un précédent article, dans tous ses états. 

L’organisme a eu une réunion urgente cette semaine pour prendre connaissance de la situation. À la suite de quoi, le secrétaire du Bar Council, Me Yahia Nazroo, est monté au créneau pour demander à ses confrères de faire preuve de retenue dans leurs commentaires afin, a-t-il souligné, de ne pas entraver les travaux de la commission d’enquête. 

Si pour l’instant Hervé Duval a écarté l’hypothèse d’une démission temporaire de l’Ordre des avocats, il est clair qu’une éventuelle convocation par la commission Caunhye – ce qui est tout à fait logique – rendra sa position intenable. 

Jusqu’ici, il faut le rappeler, plusieurs des avocats ont souligné qu’Ameenah Gurib-Fakim a été informée à plusieurs reprises que l’institution d’une commission d’enquête sans passer par le Conseil des ministres n’était pas « légale »« proper » comme dirait l’anglais. Mais cela a, malgré tout, été fait.

Un homme de loi a même déclaré que certaines des attributions ont été ajoutées par l’ex-Présidente elle-même. 

Selon la mythologie grecque, Icare s’est brûlé les ailes en volant trop près du soleil. Force est de constater que beaucoup de ceux qui ont gravité autour d’Ameenah Gurib-Fakim ne s’en sortent pas indemnes !

Rédigé par E. Moris le Dimanche 2 Septembre 2018

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