Environnement

Projet Pointe d’Esny : Le "secret" le mieux gardé de la côte sud-est

Jeudi 14 Février 2019

Si on suit la logique du gouvernement, il faudra bientôt expulser les mauriciens pour créer de l'espace pour les touristes. Après avoir eu la chouette idée de redessiner toute l'île en créant des ghettos pour riches retraités et milliardaires étrangers sous l'appellation très smart de " Smart cities" dit villes intelligentes. On se retrouve comme dans un dangereux jeu de Sim City, addictif et hors de contrôle.


L'île Maurice attire chaque année près d'1,5 million de visiteurs. Mais, comme dans tous les grands sites touristiques, cette affluence a des conséquences sur l'environnement. Et une partie de la population commence à protester. Cocotiers, soleil et eau chaude, l’envers du décor est loin de l'île paradisiaque tant vantée dans les années 80.

C'est ainsi que s'ouvre la page d'accueil de ce projet. On croirait presque à une blague de mauvais goût en terme de communication.
"Une des plus belles plages de l’île Maurice, un des lagons les mieux préservés et une promesse de tranquillité… Découvrez le secret le mieux gardé de la côte sud-est, nommé Pointe d’Esny."
Ce village côtier situé au sud-est de l’île, entre Blue Bay et Mahébourg est la convoitise de nombreux promoteurs. Bien que discret, ce petit coin est réputé chez les passionnés de kitesurf et de planche à voile ou des mauriciens qui ont trouvé là, un endroit pour pique-niquer tranquille.

C'est sans compter Thierry Merven, Chief Executive de la Compagnie de Beau Vallon Ltée, qui a dévoilé à la consternation de tous, son projet de village intégré au coût de plus de dix milliards de roupies.

Le ministère de l’Environnement a accordé le 31 janvier 2019, un permis Environmental Impact Assessment (EIA) à la Pointe d’Esny Lakeside Co Ltd, qui appartient à 100 % à la Compagnie de Beau Vallon Ltée ( principale actionnaire dans les compagnies propriétaires du Preskil Beach Resort, du Solana Beach et des Lodges d’Andréa).

Il comprendra la construction de 500 villas, appartements, duplex, complexes sportifs et espaces commerciaux qui démarrent à la vente à partir de 350 000 euros à monter.

Les riverains et ONG se sont regroupés à travers un collectif: Forces Vives de Pointe-d’Esny et ont ainsi exprimé leurs inquiétudes quant au fait que ce projet sera développé autour d’étangs naturels et des « wetlands » sur cette propriété, bien que les promoteurs aient donné l’assurance qu’ils préserveront les mares.

Dans une certaine fatalité et laxisme, le littoral de l'île et les côtes mauriciennes sont habitées, puis grignotées entre plages privées, îlots privés et projet hôteliers ou immobiliers.

120 km de sable fin sur une ligne côtière totale de 320 km constituait le potentiel paradisiaque de la belle île tropicale. Cette histoire finit mal puisque « le million d’habitants qui aiment la mer, les filaos et le bruit du vent » n’avait plus à partir de 2003 que 26 kilomètres pour ses journées de détente et de rêverie, ses pique-niques en famille et jeux de plage.  

L'occupation voire l’appropriation continuent avec des projets plus ou moins autorisés et une politique de redistribution à une seule et même poignée de famille qui détiennent l'économie du pays entre leurs mains depuis l'Indépendance.  

L'attention du collectif Forces Vives de Pointe-d’Esny semble décider à changer la donne.

Il porte à l'attention de tous, les effets négatifs que cette tendance générale au bétonnage de la péninsule de Pointe d’Esny pourrait avoir à long terme sur les 2 sites RAMSAR (protégés par la convention internationale pour les zones humides) situés dans sa proximité immédiate. A savoir les wetlands de Pointe Jérôme et le Blue Bay Marine Park ; et d’autre part sur l’ensemble des lacs, bassins et zones inondables situés en plein cœur du projet de développement annoncé et qui fonctionnent en système avec le lagon de Pointe d’Esny et les sites RAMSAR.

 


Rédigé par E. Moris le Jeudi 14 Février 2019