Menu



Opinion

[Opinion] Qui est Paul Lismore ?


Rédigé par E. Moris le Mercredi 17 Novembre 2021



Le titre est volontairement aguicheur. A l'heure de l'hypermédiatisation, la volonté de préserver son identité intrigue. Tout ce qui est mystérieux est intriguant. 

Au Parlement, le député travailliste Patrick Assirvaden, lors des débats sur le Cybersecurity and Cybercrime Bill, a énoncé en quelques points les dérives d'un tel projet de loi. Pour se faire, il a donné entre autre, l'exemple du lanceur d'alerte Paul Lismore, qui selon lui risque d'être une victime collatérale. 

A l'heure où le Freedom of Information Act -une promesse électorale de l'alliance Lepep en 2014-, est un souvenir éphémère, et où une certaine presse sert la soupe à l’oligarchie et trompe l’opinion, des voix dissidentes se font entendre.

Pour le gouvernement, il y aurait donc urgence de traquer les internautes de manière répressive. Si la peur de manifester dans les rues est une réalité, la révolution se fait via le numérique. Les pages sur les réseaux sociaux se sont multipliées entre responsabilité et conviction citoyenne, là ou n'il y a pas de place pour les petits flics de la bien-pensante.

Comme le gouvernement ne sait toujours pas faire la différence entre "Faux profil" et "anonymat', rappelons que cacher son identité, est souvent un acte de "résistance" dans une société de la transparence et de la certitude. Il y a différentes raisons entre ceux qui ne veulent plus ou pas apparaître en public et ceux qui apparaissent masqués ou sous un avatar afin de protéger leur vie privée. Si certains artistes ont recours à cette pratique, le mystère de l'identité n'est pas pertinent s'il n'y a rien derrière. C'est ce qui fait la force ou la faiblesse d'un profil anonyme. 

Une stratégie qui fonctionne pour certains journalistes ou médias. Au Canard enchaîné (hebdomadaire français satirique) aucun journaliste ne signe un article. C'est un collectif. Le journal le Mauricien a adopté cette pratique bien qu'il soit très loin d'un journal satirique ou de contre pouvoir. La presse mauricienne n'a jamais eu autant d'articles écrits et signés par des pseudo. De KC Ranzé, Chronos, El Figaro, Madiba, Nemesis... Et on n'en fait pas un procès d'intention. 

A la Rédaction de Zinfos Moris, dès le lancement du site, nous avons revendiqué notre choix de garder l'anonymat. Un choix assumé. L'information doit rester la vedette de l'actualité et non les journalistes.

Est-ce de la lâcheté de protéger son identité ? Face au personnage qu'est Paul Lismore, on peut ressentir de l'attraction, la répulsion, et beaucoup de curiosité. Le personnage est brillant, avec un langage volontairement outrancier et provocant, il dénonce le système et les injustices. Véritable lanceur d'alerte, il sait tout et connait tout. Paul Lismore le dit souvent, il n'est pas seul dans ce combat pour la vérité. Il a une armée de "Paul Lismore" à ses côtés.

Il est question souvent de la part de ceux qui écrivent sur les réseaux sociaux en profil anonyme, d'amener à la réflexion sur les faits d'actualité, à ne pas confondre avec les "trolls".

Ce sont des réflexions que vous trouverez rarement dans la presse traditionnelle ou de la presse qui se dit "libre et indépendante". La tribune s'adresse à des gens avisés. Loin de vouloir créer le buzz pour devenir populaire mais dans un esprit d'intérêt commun. On est plus intéressé de vouloir connaitre la suite que de connaitre leur identité. On peut débattre ou contester ce que dit l'auteur tout en respectant son choix de préserver son anonymat. C'est un principe de civilité et de courtoisie. 

A noter que recevoir des informations sur certaines pratiques puis le publier dans l'intérêt commun démontre qu'il faut du courage. Peu importe que ce soit en mode anonyme. Dénoncer est un acte de résistance. Ces gens prennent des risques. Pour préserver et protéger leur vie privée de tous actes malveillants, ils ont opté l'anonymat. Victimes de pressions multiples, ces citoyens voient souvent leur vie menacée après leurs révélations. En France, ce mercredi 17 novembre 2021, un texte de loi va permettre au gouvernement de mieux protéger les lanceurs d'alerte. Une proposition de loi qui prévoit des sanctions à l'encontre de ceux qui chercheraient à étouffer l'action d'un lanceur d'alerte, à lui faire subir des représailles ou à divulguer son identité contre son grès.

Quand Paul Lismore dénonce sans distinction et met en lumière les magouilles, l'absurdité c'est de vouloir savoir qui se cache derrière Paul Lismore. La lâcheté ce sont ceux qui se foutent d'avoir l'information la plus juste.

Le fait est que notre liberté d’expression, pilier de toute démocratie, est plus que jamais menacée. Les censeurs de la démocratie ont inscrit leur propre loi et ne tolèrent pas que certaines informations soient dévoilées. Au point qu'il devient légitime de s'interroger : est-il encore permis, à Maurice de penser et de débattre librement ? Faut-il "criminaliser, stigmatiser, interdire" certaines opinions ? Tout doit pouvoir être discuté. Les Mauriciens sont adultes. Il faut en finir avec cette caporalisation de la pensée.

Lorsque le ministre Bobby Hurreeram affirme que c'est au gouvernement de "responsabiliser" les Mauriciens sur leur liberté d'opinion, nous sommes en droit de nous interroger pourquoi s'adresse t'-on au public comme à des enfants en bas-âge avec un ton particulièrement infantilisant et débilitant.

Est-ce le rôle du gouvernement de court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus en maintenant le public dans l’ignorance et la bêtise et en l'encourageant à se complaire dans la médiocrité ? Contrôler un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes ou la stratégie de la résignation ne sont que des techniques bien rodée d'un régime de dictature. 

Le choix de libérer la parole est loin d'être aisé. Il faut résister aux assauts des dictateurs en herbe. 

Mercredi 17 Novembre 2021