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Société

[Opinion] L'île Maurice glisse vers l’autoritarisme par temps de pandémie


Rédigé par E. Moris le Jeudi 14 Mai 2020

"Nous sommes en guerre" déclarait Pravind Jugnauth dans sa proportion à imiter les discours d'Emmanuel Macron. Depuis, le gouvernement s'échine à imposer le discours selon lequel toute guerre – même celle dirigée contre un virus – exige de restreindre temporairement certaines libertés. Mais au prétexte de lutter contre la propagation de la pandémie, c’est une dictature sanitaire qui risque de s’installer.



Tous condamnent sans réserves les Covid-19 et Quarantine Bills, qui se proposent d'amender une cinquantaine de lois. Le coup d’envoi des débats a eu lieu mercredi. L’opposition refuse de voter pour ces projets de loi, de par le manque de consultations et les dérives flagrantes qu’ils contiennent.

Si les textes assouplissent la loi en étendant des délais pour les loyers, d'autre la durcisse, et les travailleurs voient leurs droits réduits.

Ces mesures restrictives seront votées alors que la population est confinée avec des intérêts et des considérations qui ne concernent pas immédiatement la santé mais l'économie.

La pandémie a bon dos alors que tout s'écroule en coulisse depuis des mois. La dictature sanitaire s'est installée avec une permanence de l’état d’urgence où les restrictions et les droits de l'individu sont bafoués et absentes chaque jour.

L'île Maurice sous l'ère de Pravind Jugnauth n'a pas attendu la pandémie pour dériver vers l’autoritarisme, mais la crise accélère sa mise en œuvre.

Avec la loi coronavirus, Maurice a instauré un état d’urgence sans aucune limite de temps, suspendant trop longtemps le parlement et permettant à l’exécutif de gouverner par décrets. De plus, la nouvelle législation rend passible de plusieurs années de prison celles et ceux qui répandent de fausses nouvelles. Dans un État où la liberté est menacée, une critique devient une fausse nouvelle assez promptement et menace les institutions démocratiques. 

L’État policier se renforce, avec ces milliers de procès-verbaux qui ont été délivrés pour non-respect du confinement. Si la sanction parfois s’impose, ce chiffre démontre qu’elle l’emporte sur toute autre considération. Elle est surtout utilisée pour renforcer des inégalités culturelles et sociales. À cela, il faut rajouter l’intimidation par les agents du régime et par ses sbires.

L'État vire de plus en plus en une propagande d’État qui transporte son lot de mensonges, évacuant ainsi toute critique, n’écoutant plus personne si ce n’est sa petite rhétorique qui l’absout de toute responsabilité, qui ne l’enjoint à aucun compromis. 

Par cynisme, Pravind Jugnauth et ses sherpas ont trouvé dans la pandémie la parfaite occasion pour suspendre tout un pan du droit du travail. La pandémie fournit plusieurs exemples de l’autoritarisme du chef du gouvernement. Si il a été élu c'est qu'il peut donc gouverner comme il l’entend. Le problème, c’est que la démocratie, ce n’est pas ça. 

La responsabilité de respecter les normes démocratiques et l’esprit des institutions ne s’éteint pas après le vote. Même si rappelons le, les récentes élections législatives sont contestées devant la Cour suprême !

L’autoritarisme de Pravind Jugnauth n’est pas un sujet nouveau, mais la réponse politique à la pandémie en fournit de fraîches illustrations. Il n'y a plus aucune structure indépendante qui supervise l’exécutif et l’oblige à rendre des comptes, tant les nominations des petits copains ont été distribuées à la pelle.

Quant aux tribunaux, ils sont trop lents pour soutenir le rythme des abus de pouvoir et leur efficacité est court-circuitée par un Attorney General inféodé au Premier ministre.

L’histoire montre que les démocraties s’éteignent doucement, par la mise au rancard des normes démocratiques. Les Mauriciens continueront-ils à se laisser entraîner dans cette voie en 2020 ?

 


Jeudi 14 Mai 2020

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