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Un autre regard

[Opinion] Covid-19 : Pravind Jugnauth, un rendez-vous raté avec l’histoire


Rédigé par E. Moris le Jeudi 19 Mars 2020

Depuis que le covid-19 est devenu officiellement une pandémie, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans les pays les plus touchés, notamment la Chine, l’Iran, l’Italie et la France, nous assistons chaque jour à des prises de décisions de la part des chefs d’État et de gouvernement qui tendent à endiguer la situation chaotique.



C’est ainsi qu’à travers des allocutions sévères, dignes des discours en temps de guerre, sont prises des mesures comme la fermeture des frontières, celle des restaurants, cinémas et salles de spectacles ou établissements scolaires, la suspension de toute activité sportive, mais surtout le confinement total des populations sous peine de sanction pénale. 

Les lieux de cultes sont fermés, même le pèlerinage à La Mecque ou les messes sont interdites ; c’est dire la gravité de la situation qui affecte notre planète qui devra d’abord panser ses plaies, puis en tirer les conséquences et, enfin, recommencer à vivre.

Dans cette psychose planétaire, l’île Maurice était un des rares pays au monde à n’enregistrer aucun cas de covid-19. Ce n’est plus le cas depuis mercredi soir 18 mars, quand peu après 22 heures le Premier ministre Pravind Jugnauth a annoncé trois cas confirmés et la fermeture des frontières aériennes à partir de 10 heures le lendemain.

Cette allocution justement. Pravind Jugnauth l’a débutée par s’excuser et expliquer pourquoi il a mis presque deux heures de retard.

D’abord, parce que ses ministres de la santé et de l’économie étaient à la télévision nationale à rassurer la population qu’il n’y avait aucun cas de covid-19 dans l’île, puis préciser qu’il suivait la situation de près.

C’est après ce moment de flottement, il souriait même en regardant ses ministres assis à la même table, qu’il a pris un ton grave pour annoncer la confirmation de trois cas de covid-19 et la fermeture des frontières aériennes. Ensuite, tout bêtement, il a invité les journalistes présents sur place à lui poser des questions. 

À ce moment-là nous avons su que ce n’était pas une allocution mais bien une conférence de presse.

Et c’est à travers les questions des journalistes que la population a pu avoir plus de détails sur les trois cas confirmés. Au début, pressé de questions, Pravind Jugnauth a botté en touche, arguant que la nouvelle venait de tomber et qu’il n’avait pas plus d’informations. Puis, petit à petit, il a révélé le profil des personnes infectées. 

Deux jeunes de 21 et 25 ans, employés dans des bateaux de croisière, qui ont débarqué dans l’île le 7 et le 14 mars. Donc, au moins depuis 10 jours. Ils sont en quarantaine, a précisé Pravind Jugnauth, mais on ne sait pas depuis quand. Ce qui nous fait penser aux riverains de Les Salines qui s’inquiétaient de la venue des bateaux de croisière à Port-Louis. 

Puis, le troisième cas, un homme de 59 ans de retour d’Angleterre, qui s’est présenté mercredi 18 mars à l’hôpital Candos en disant qu’il présentait les symptômes du covid-19. Depuis, il est en quarantaine. 

La question qui interpelle : l’homme de 59 ans est rentré au pays mercredi, selon Pravind Jugnauth, et par la suite a présenté les symptômes et a été testé positif aujourd’hui même. Qu’en est-il du jeune qui est arrivé le 7 mars ?

A-t-il été testé positif bien avant, mais ce n’est qu’aujourd’hui que cette information a été communiquée ? Qui procède à ces tests ? Puisque Pravind Jugnauth a dit que des échantillons ont été envoyés en Afrique du Sud pour une contre vérification.

De même, Pravind Jugnauth a annoncé que seuls 122 tests ont été effectués jusqu’ici. Pourquoi 122, alors qu’il y a plus de 400 personnes en quarantaine et que les centres de quarantaine poussent comme des champignons ? Pourquoi ceux et celles qui sont mis en quarantaine ne sont-ils pas testés automatiquement ?

Jusqu’ici, toutes les personnes qui arrivaient dans l’île ne sont pas mises en quarantaine. Mais comme les frontières aériennes ont été fermées, des trois vols attendus avant 10 heures jeudi, tous les passagers seront mis en quarantaine. Pravind Jugnauth n’a pas pu dire combien de passagers sont attendus. Trois avions presque pleins, ça fait au moins 500 personnes. Va-t-on vers l’aménagement d’un autre centre de quarantaine ? Est-ce que tous ces passagers seront testés, vu que jusqu’ici tout le monde n’était visiblement pas testé ? Autant de questions que Pravind Jugnauth n’a donné aucune indication. 

Le comble c’est quand un journaliste lui a demandé s’il allait fermer les établissements scolaires. Piqué à vif, il a répondu que ce n’était pas dans l’immédiat et qu’il allait voir l’évolution de la situation. Quelques minutes après sa conférence de presse, les médias ont annoncé la fermeture des établissements scolaires à partir de ce jeudi 19 mars. Which is which ?

Aucun mot sur les frontières maritimes, aucun mot donc sur la continuité pédagogique des étudiants, aucun mot sur les conséquences de la fermeture des frontières aériennes sur Air Mauritius. S’il a dit que les étrangers pourront quitter l’île, Pravind Jugnauth ne dit pas si des vols spéciaux seront mis à leur disposition, étant entendu que depuis lundi l’Union européenne a fermé ses frontières aériennes et terrestres. 

Imaginons un Français ou un Allemand qui est dans l’île est qui veut regagner son pays, avec la fermeture des frontières aériennes mauriciennes, un avion vide viendra le récupérer ici ?   

La fermeture des établissements scolaires se décide pour éviter un confinement collectif. Aucun mot de Pravind Jugnauth aux Mauriciennes et aux Mauriciens à prendre les précautions d’usage, les gestes barrières, aucun mot de Pravind Jugnauth, le Premier ministre de l’île Maurice, dans ce moment de gravité, à rester raisonnable dans leurs achats de première nécessité, aucun mot non plus sur nos personnes âgées, qui sont les plus vulnérables face au covid-19. On est très loin de la campagne et des 10 000 roupies de promesse électorale ! 

Que Pravind Jugnauth le veuille ou non, les Mauriciennes et les Mauriciens sont en droit d’être inquiets, et ce n’est pas ses menaces, qui rappellent celles de son père de couper les doigts, qui arrêteront les craintes et les doutes. 

Ils sont en droit, puisqu’ils ont un Premier ministre qui ne sait pas parler à ses concitoyens, qui ne sait pas communiquer en temps de guerre, lui qui a annoncé l’état d’urgence sanitaire mais qui n’annonce aucun plan d’action sanitaire, ne sait pas rassurer la population mais qui menace tout un chacun, qui ne fédère pas mais qui divise. 

Pravind Jugnauth a ainsi raté son rendez-vous avec l’histoire !



1.Posté par KIPKA le 19/03/2020 18:09
Et la crise sanitaire ne fait que commencer...........

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