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Politique

[Opinion] Chassez le Bérenger, il revient au galop


Rédigé par E. Moris le Dimanche 27 Septembre 2020



Depuis le début de la crise sanitaire ayant mené au confinement, ajouté à cela les dérives du Speaker de l’Assemblée nationale et les scandales par centaines de millions sur l’achat de médicaments et d’équipements médicaux, les prises de position de Paul Bérenger, notamment les samedis face aux médias, donnaient une tout autre image du leader MMM, pour plusieurs raisons.

D’abord, le ton de Paul Bérenger envers le gouvernement était, et l’est toujours, sans équivoque : Pravind Jugnauth représente un danger pour la démocratie, le tissu social et l’économie, et il faut à tout prix qu’il parte. Très tôt, le leader MMM a délaissé ses ambiguïtés du passé, qui étaient souvent interprétées par l’opinion publique comme un désir d’alliance avec le parti au pouvoir. 

Trois séries d’événements l’ont conforté dans ce choix politique irréversible :

1. Son nom a été cité dans le scandale Saint-Louis. 2. À l’Assemblée nationale, les attaques racistes et sexistes à l’encontre de Joanna Bérenger par des députés MSM. 3. La gestion sanitaire catastrophique et la marée noire causée par le Wakashio.           

Ensuite, Paul Bérenger n’hésitait pas, et il le fait toujours, à reprendre et commenter, lors de ses conférences de presse, les révélations des députés travaillistes ainsi que celles de Roshi Bhadain. Il saluait les PNQ d’Arvin Boolell et s’insurgeait contre l’obstruction parlementaire, depuis que Pravind Jugnauth a appris à faire du «filibustering» lors de la tranche des questions au Premier ministre.

Enfin, Paul Bérenger donnait l’impression d’être le plus excité par l’entente cordiale au sein de l’opposition parlementaire, jusqu’à tenir des propos élogieux envers le leader bleu Xavier-Luc Duval. Une première (et un miracle !) que ces deux hommes se mettent à la même table, chaque quinzaine.

D’ailleurs, interrogé à cet effet vendredi soir sur Radio Plus, le président rouge Patrick Assiravden, tout sourire, a lâché : «Ayo, kouma dir zot pli camarad ki avek nou aster !»

L’état idyllique dans lequel se trouvait Paul Bérenger a fondu comme neige au soleil un samedi après-midi à Port-Louis, précisément le 29 août, et il s’est retrouvé face à sa vraie nature : le père du communalisme scientifique ! 

Paul Bérenger a également vu en face de lui un parfait inconnu, en la personne de Bruneau Laurette, qui a pu faire descendre dans la rue plus de 150 000 personnes, dont la majorité vient traditionnellement du bassin électoral du MMM. En face de lui également, un PMSD, qui pêche dans ce même bassin et qui, ne l’oublions pas, est toujours en alliance avec le PTr. En face de lui toujours, un Navin Ramgoolam qui, devant une bonne foule à Belle-Rive, a été on ne plus clair : «Pa pous mwa, mo pa pou ale !»

Dès lors la question était de savoir : qui le pousse à partir ?  

Navin Ramgoolam l’a dit au bout des lèvres vendredi à la suite de son politburo, à une question des médias. D’abord, il a affirmé que ce sont de «vraies rumeurs», puisqu’en substance Paul Bérenger a décidé de ne plus se présenter comme Premier ministre et souhaite que lui, Navin Ramgoolam, en fasse de même. 

Le leader PTr a rappelé qu’il avait décidé de raccrocher après les législatives de 2014, mais est revenu sur sa décision pour deux raisons principales, échelonnées dans le temps :

1. Le harcèlement judiciaire dont il a fait l’objet. 2. Il est convaincu que des fraudes électorales ont faussé l’issue des législatives 2019. D’ailleurs, il a annoncé que deux pétitions électorales ont été entendues par la Cour suprême en fin de semaine et d’autres se feront jusqu’au 27 octobre.

Ce qu’a dit Navin Ramgoolam a été confirmé en deux temps du côté du MMM : d’abord, vendredi, Ajay Gunness a présidé une conférence de presse, avec d’autres membres du MMM, sur l’éducation. Une façon de mettre en avant un profil premierministrable. Puis, samedi, Paul Bérenger l’a dit clairement : «Le MMM seul aux élections avec Paul Bérenger comme Premier ministre, c’est chose du passé !» 

Paul Bérenger ne se présentera plus comme Premier ministre et c’est sans doute Ajay Gunness qui le fera, c’était l’information principale à retenir ce week-end. 

Sauf que d’autres informations importantes sont ressorties samedi : 1. Paul Bérenger veut une alliance de l’opposition parlementaire au plus vite. 2. Ainsi que d’établir et de communiquer l’organigramme du «Shadow Cabinet». 3. Il n’a «rien à foutre» (ce sont ses propres mots) de qui dirige le PTr, mais aura son mot à dire sur qui, une éventuelle alliance présentera comme Premier ministre. 4. Roshi Bhadain n’a jamais été dans la course pour intégrer cette éventuelle alliance. Selon Paul Bérenger, le leader du Reform Party était un «point de blocage» lors des réunions bimensuelles. Et son appel aux députés de l’opposition de démissionner, considéré comme «une bêtise» par Paul Bérenger, n’arrangera pas les choses.

Dès lors se pose la question : pourquoi Paul Bérenger veut aller vite en besogne ? 

Paul Bérenger préfère Arvin Boolell à Navin Ramgoolam, puisque sans Navin Ramgoolam, il se retrouvera avec Arvin Boolell et Ajay Gunness, ce dernier étant le seul des deux qui est issu de la caste des vaishyas, donc premierministrable. Comme avec Ashock Jugnauth qu’il voulait qu’il prenne la tête du MSM à une époque, Paul Bérenger veut décider non seulement des modalités d’une alliance mais également avec qui il va devoir négocier et éventuellement travailler, pour ne pas dire manipuler, à sa guise. Avec Navin Ramgoolam, il sait déjà qu’il part perdant. 

Aujourd’hui, la plus grande crainte de Paul Bérenger est née de l’annonce de Navin Ramgoolam à l’effet que les pétitions électorales commencent à être entendues par la Cour suprême. Si jamais des «recounting» sont ordonnés par le juge électoral et que le PTr arrive à faire élire au moins un autre député, pour Paul Bérenger il serait difficile de faire partir Navin Ramgoolam. Pire, le PTr pourrait même ne plus avoir besoin du MMM et aller aux législatives avec son allié PMSD.

D’autant que les travaillistes sont hyper (trop ?) confiants d’une issue heureuse des pétitions électorales. Illustration : Patrick Assirvaden l’a dit vendredi sur Radio Plus : «Si ena recounting dan no 15, mo met mo licou lor biyo : Cader Sayed-Hossen pou rentre !»

Navin Ramgoolam, débarrassé de ses ennuis avec la justice, mise toute sa fin de carrière politique sur les pétitions électorales. Paul Bérenger l’a bien compris et c’est la raison pour laquelle il veut le plus tôt, surtout avant l’issue des pétitions électorales, sceller une alliance sans Navin Ramgoolam à sa tête. 

Tout ce beau monde ne doit toutefois pas oublier un élément fondamental : c’est Pravind Jugnauth qui est le maître des horloges !



1.Posté par Kevin le 28/09/2020 22:16
Arvin bizin vine leader PTR

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