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Opinion

[Opinion] Anomalies au no 19 : Comment en est-on arrivé là ?


Rédigé par E. Moris le Samedi 15 Janvier 2022



Une chose pour commencer. Personne ne met en doute la probité du Commissaire électoral. C’est d’ailleurs tout à son honneur d’avoir déclaré, en cour mardi, qu’il ne s’opposait pas à un recomptage des voix dans la circonscription no 19.

Une précision avant de continuer. Ce recomptage ne concernera que les voix obtenues par Ivan Collendavelloo et Jenny Adebiro uniquement. Donc, même si personne ne conteste l’honnêteté d’Irfan Rahman, une question se pose. Comment se fait-il que ce n’est que mardi dernier, 2 ans et un mois après les législatives, que l’on s’aperçoit qu’il y a irrégularités au niveau de la comptabilisation ?

Certains pourraient dire que l’erreur est humaine et qu’elle est petite dans ce cas précis. N’empêche que les conséquences sont grandes. Si jamais le recomptage des voix joue en sa faveur, allez dire à Jenny Adebiro qu’elle a été privée d’un siège mérité à l’Assemblée nationale pendant plus de deux ans ! Dans ce même cas de figure, comment expliquer qu’Ivan Collendavelloo ait siégé pendant deux ans et un mois comme député élu et non correctif, même si cela ne fait aucune différence à l’Assemblée nationale.

Mieux, si Ivan Collendavelloo est battu, il pourrait entrer comme député correctif et, dans cette éventualité, c’est Tania Diolle qui aurait siégé, sans l’avoir mérité et reçu un salaire de PPS. Disons que personne n’ira vérifier les calculs du (de la) Returning Officer une fois le dépouillement effectué. Mais lorsque Jenny Adebiro a logé sa pétition électorale, comment se fait-il que personne au sein du bureau du commissaire électoral ou alors au niveau du State Law Office, qui représente le commissaire électoral, n’a jugé utile de revoir les chiffres.

Mais où va-t-on dans ce pays ? Le Parquet est aujourd’hui dévalué au même titre que les autres institutions du pays. On va vers le nivellement par le bas. Donc, il a fallu attendre deux ans pour arriver au dénouement souhaité alors qu’une simple petite vérification aurait pu permettre à tous d’économiser du temps et de l’énergie.

Pendant ces deux ans, il y a eu les audiences pour la mise en force de l’affaire, les chapitres retirés, les questions posées et réponses données, sans oublier d’autres questions posées suites aux premières réponses données. Mieux, l’Electoral Supervisory Commission avait pris une position claire contre la pétition électorale. C’était à la fin de l’année 2021. Me Yusuf Aboobaker doit se sentir quelque peu cocu aujourd’hui.

Certes, il y a eu conciliabule entre le commissaire électoral, la commission électorale et le Returning Officer pour ne pas s’opposer à un recomptage des voix. N’empêche que c’est quel peu bête d’en arriver là alors que dès le départ, il aurait fallu accepter le recomptage des voix.

L’autre question qui se pose est comment le Returning Officer ne s’est-il pas rendu compte de cette erreur. Il faut savoir qu’un Returning Officer est payé spécialement pour ce job. Cela est inconcevable qu’un Returning Officer ne se rende pas compte que les chiffres ne sont pas divisibles par trois (trois voix sur chaque bulletin de vote). Il devrait rendre l’allocation, être banni d’officier comme Returning Officer à l’avenir et être banni tout court… avec plumes et goudrons. Car, oui l’erreur est humaine, mais en commettre une aussi grossière à une époque où la perception est grande que les élections ont été volées cela relève du délit criminel.

Mais nous précisons que nous ne pensons pas un seul instant que les élections peuvent être volées. Pas parce que le gouvernement, quel qu’il soit et surtout celui-là, ne serait pas tenté. Mais il faut mettre trop de monde dans la confidence que le secret est impossible à garder. Le Mauricien est tellement bavard sur des sujets qu’il ne connaît pas qu’il lui sera impossible de demeurer silencieux sur ce qu’il sait.

Samedi 15 Janvier 2022