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Un autre regard

Mort du chercheur Mauricien Gaëtan Mootoo : le rapport d’enquête accable Amnesty International


Rédigé par E. Moris le Mardi 4 Décembre 2018

Le spécialiste de l’Afrique de l’Ouest de l’ONG, qui s’est suicidé dans la nuit du 25 au 26 mai, souffrait d’un isolement grandissant au travail.



Gaëtan Mootoo, chercheur spécialiste de l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International de 1986 à mai 2018.
Gaëtan Mootoo, chercheur spécialiste de l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International de 1986 à mai 2018.
Gaëtan Mootoo, chercheur sur l'Afrique de l'Ouest travaillait pour l'organisation mouvement d'Amnesty International depuis plus de 30 ans.

Les autorités françaises ont confirmé que Gaëtan Mootoo s’était suicidé. Son corps a été retrouvé dans la matinée du samedi 26 mai 2018.

Une enquête externe indépendante a été demandée afin de déterminer si Amnesty International s'était acquittée de son devoir de diligence à l'égard de Gaëtan Mootoo, et tirer les leçons de cette tragédie.

James Laddie (Queen’s Counsel), de Matrix Chambers, à Londres, a été chargé de cette enquête. Le rapport a été transmis à la famille de Gaëtan et au personnel d'Amnesty International.

Gaëtan Mootoo était l’un des plus anciens employés d’Amnesty International, on l’a qualifié à juste titre de chercheur légendaire. Comme James Laddie le note dans son rapport : « Il est évident qu'il a marqué la vie des gens d'une manière à laquelle la plupart des autres ne peuvent qu’aspirer. »

En mai 2018, Gaëtan Mootoo, 65 ans, devait partir en mission au Mali puis en Côte d’Ivoire à la fin du mois suivant. Dans la nuit du 25 au 26 mai, il tarde à quitter son bureau du deuxième étage d’Amnesty International France. « Ne m’attends pas pour dîner », indique-t-il d’une voix paisible à son épouse qui l’appelle au téléphone. Avant de disparaître. Le chercheur s’est donné la mort. 

« C’est un acte politique, il nous a donné sa mort pour que les choses changent », veut croire l’un de ses anciens collègues dont le témoignage est retranscrit dans le rapport interne du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) d’Amnesty International France.

Dans ce document daté du 1er octobre 2018, cité par The Guardian, Mediapart et The Times, on découvre l’envers du décor du fonctionnement d’Amnesty International qui a évolué pour s’apparenter à celui d’une multinationale obsédée par le rendement et la communication. 

Selon le rapport interne, la détérioration des conditions de recherche s’est accélérée avec le projet de réorganisation globale des bureaux d’Amnesty International, validé en 2010. Le programme Afrique, basé à Londres, devait être bouleversé et l’antenne parisienne où officiait M. Mootoo amenée à disparaître au profit de bureaux locaux, « au plus près du terrain », établis à Dakar notamment. Ceux qui osent protester sont simplement priés de partir, incités à la démission.

Gaëtan Mootoo s'était montré très critique à l’égard du projet et n'était pas favorable à ce qu’il considérait comme une augmentation des budgets allouée à des campagnes plus rapides et plus agressives, aux dépens d’une recherche plus approfondie, précise l’avocat britannique James Laddie. Ce dernier est l’auteur d’un rapport indépendant commandité par l’organisation qui l’a rendu public le 19 novembre.

Dans un long communiqué publié le 19 novembre, le nouveau secrétaire général d’Amnesty International, Kumi Naidoo, s’est dit « profondément troublé » par les conclusions du rapport d’enquête.

Soulignant que « la faute ne revient à personne en particulier », le Sud-Africain, auparavant directeur exécutif de l’ONG environnementale Greenpeace, a fait état d’une lecture « douloureuse, car elle rappelle (…) les dures années de changements organisationnels qui ont affecté beaucoup de personnes ». « Sensible » à ce message, la famille du chercheur disparu dit espérer qu’il parviendra à changer cette « organisation qui s’est tant éloignée des valeurs d’origine d’Amnesty International ».

Avant de partir, dans la nuit du 25 au 26 mai, Gaëtan Mootoo a laissé une lettre mi-manuscrite, mi-dactylographiée adressée à son épouse et à leur fils. Dans son préambule, le chercheur livre quelques ressentis. « Depuis quelques années, surtout depuis la fin de 2014, je ne vais pas très bien, je n’en ai parlé à personne. A cela s’est ajouté un surcroît de travail, j’ai fait une demande d’aide, cela n’a pas été possible. J’aime ce que je fais et je voudrais le faire correctement. Je pense que je ne pourrais plus continuer de cette façon, d’où cette décision (…). »

Source : Le Monde Par Joan Tilouine

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/12/04/mort-du-chercheur-gaetan-mootoo-le-rapport-d-enquete-pointe-des-defaillances-au-sein-d-amnesty_5392305_3212.ht

Après avoir pris connaissance du rapport d’enquête, Kumi Naidoo a adressé la déclaration suivante à l'ensemble du personnel :

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2018/11/independent-review-into-the-tragic-loss-of-gaetan-mootoo/

Lire également :

https://blogs.mediapart.fr/edwy-plenel/blog/070618/gaetan-mootoo-1952-2018-l-elegance-du-juste


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