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Société

Marche pacifique : du jamais-vu depuis des décennies à Maurice


Rédigé par E. Moris le Dimanche 30 Août 2020

La marche citoyenne qui a eu lieu à Port-Louis est exceptionnelle à plus d’un titre. Plusieurs milliers de Mauriciens sont descendus sur la capitale pour fouler le "koltar".



Certes, Maurice a connu des foules de plus de 100 000 à 150 000 personnes. Mais elles étaient d’ordre politique, il y a plusieurs décennies de cela. La dernière fois qu’un rassemblement avait réuni au moins 100 000 personnes, c’était en 1982, lors du meeting de remerciements de l’alliance MMM-PSM au Champ de Mars. À tel point que sir Gaëtan Duval, leader d’un PMSD alors décimé, avait déclaré qu’il n’avait jamais vu une telle communion entre une assistance et un parti politique. 

Un rassemblement apolitique

Un rassemblement qui ne soit pas d’ordre politique ou religieux, on n’en avait pas vu depuis les années 90. Ce rassemblement citoyen est aussi inédit sur un autre plan. C’est la première fois qu’un illustre inconnu, qui n’était intervenu dans les médias que pour les débordements de gros bras, arrive à initier une action qui a autant de succès en si peu de temps. Qui connaissait Bruneau Laurette il y a trois mois à peine ? 

Il n’est apparu sur les radars médiatiques que durant la démolition des bicoques de squatters durant le confinement.

En quelques semaines, l’expert en sécurité et en combat rapproché est devenu le symbole de la révolte citoyenne. Il est venu en aide aux squatters désemparés. Il était aussi présent pour la campagne de nettoyage du lagon après le déversement d’huile. Mais son fait d’armes, sa bataille d’Austerlitz, c’est l’action légale qu’il a entamée contre deux ministres. 

Bruneau Laurette a réussi là où plusieurs ne sont pas arrivés avant lui. Avec ses poursuites privées au pénal contre les ministres Kavi Ramano et Sudheer Maudhoo, qu’il a traînés, figurativement parlant, au tribunal de district de Grand Port, il a frappé fort. 

Sa popularité est telle que les leaders politiques, toujours prompts à récupérer tout mouvement et toute colère, ont été forcés de jouer profil bas avant et durant la manifestation. Aujourd’hui, politiques, syndicalistes et écologistes veulent s’approcher de Bruneau Laurette. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de participants scandaient « Bruneau » lors de la marche. L’expert en combat rapproché a réussi à fédérer tous les mécontentements à l’encontre du gouvernement. 

Toutefois, la marche qui se voulait citoyenne a rapidement pris des allures politiques, même si pas politiciennes.

Nombre de personnes qui se sont exprimées avant et après la marche ont demandé le départ de Pravind Jugnauth et même du gouvernement. L’un d’eux, Sébastien Lenette, a évoqué la pétition mise en circulation et qui demandera au président de la République de révoquer le Premier ministre. 

Marche pacifique et historique à l'île Maurice. Une marée humaine dans la capitale

Cela est impossible. Le chef de l’État n’a pas le pouvoir de révoquer le Premier ministre qui, dans notre système découlant de Westminster, a tous les pouvoirs. C’est le chef du gouvernement qui, de manière indirecte, nomme le président de la République. Donc, la pétition n’a aucune valeur. Mais c’est fort en termes de symbole. 

Si Pravind Jugnauth voulait avoir une idée de l’ampleur du mécontentement à son encontre et celui de son gouvernement, il n’a qu’à visionner les images du rassemblement du samedi 29 août et écouter les slogans qui ont été scandés. 

Ce jour marque-t-il le Printemps mauricien comme certains l’ont dit ? Quelle forme prendra la colère citoyenne ? Difficile à dire pour l’instant. En tout cas, rendez-vous a été donné ale 12 septembre à Mahébourg pour le deuxième rassemblement du Kollectif Konversation Solider.

 


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