Edito de Moris

Liberté d'expression à Maurice: la loi qui inquiète

Dimanche 4 Novembre 2018

On est en théorie libre de dire, d'écrire et de caricaturer. La volonté du gouvernement de recourir à l'arme de la loi pour lutter plus efficacement contre les fake news propagées sur Internet, pourrait ouvrir une boîte de Pandore néfaste pour la liberté d'expression.


Les modifications au projet de loi du Judicial Legal and Judicial Provisions Bills votées sous un "faux" prétexte pour tenter d'éradiquer la propagation des fake news sur Internet n'est pas nouveau. Le ministre Yogida Sawmynaden, ministre des TIC s'était essayé au même exercice avec un piètre résultat. 

L'Attorney General, Maneesh Gobin a précipité l'introduction de cette loi au Parlement sachant que ce n'est ni plus ni moins une tentative de museler la liberté d'expression.

Ce n'est un secret pour personne, le Premier ministre et le gouvernement, sont régulièrement ciblés par les internautes. Les scandales à la pelle suscitent indignation. Si la peur de manifester dans les rues est une réalité, la révolution se fait via le numérique. Les pages sur les réseaux sociaux se sont multipliées entre responsabilité et conviction citoyenne.

D'où une prise de contrôle sur les voix dissidentes à l'approche de la période électorale quitte à remettre en cause le droit fondamentale des citoyens. L'objectif étant d'éviter que les "perturbateurs" ne viennent s'immiscer dans le débat démocratique au point de modifier l'issue d'une élection, comme en 2014. 

Si Facebook, Google et Twitter sont particulièrement visés, il concernera en fait l'ensemble des médias en ligne. Ce contrôle provisoire de l'information fait grincer quelques dents, qui doutent à la fois de la pertinence du dispositif et de sa faisabilité, puisque personne ne s'est pas attardé sur comment créer un consensus pour définir et identifier de manière fiable ce qu'est une fake news. 

De plus, la possibilité pour un juge saisi par une action en référé, de supprimer le contenu mis en cause ou de bloquer l'accès au site voire le déréférencer, pose problème tout comme une peine d'emprisonnement pour les internautes dont les publications "agacent"

D'après le code électoral, il est déjà illégal pendant les campagnes de publier de fausses informations, sans compter qu'il existe déjà des procédures pour signaler et identifier des fake news sur les réseaux sociaux. Il faudrait sans nul doute mettre en place des "garde-fous" pour ne pas "donner à un juge le pouvoir de censurer sous les bons sentiments de la loi. Dans le cas contraire, il est fort à parier que Maurice se fera épingler par Amnesty International ou les ONG comme Reporter Sans frontières entre autres.

A côté de ça, malheureusement des plateformes de "news" inventent des rumeurs et des fausses nouvelles qui prennent rang aux côtés des vraies. La réalité qu'il y a là une stratégie, et une stratégie financée ou sponsorisée visant à entretenir le doute, à forger des vérités alternatives, à laisser penser que ce que disent les politiques est toujours plus ou moins vrai.
 
L'État a-t-il vraiment son mot à dire sur la déontologie de l'information ? La puissance publique peut-elle interférer sur les contenus publiés par des sites et sur des plateformes comme Facebook, sans porter atteinte à la liberté d'expression qui constitue l'un des piliers de notre démocratie ? 

La mise en place de politiques répressives contre les médias au nom de la lutte contre les fake news est un cadeau aux "prédateurs de la presse" : si il est plus que jamais nécessaire pour l'internaute de démêler le vrai du faux dans l'information qui s'offre à lui. La lutte doit passer par la promotion d'un journalisme libre et indépendant, vecteur d'une information fiable et de qualité. 

L'exemple du Vietnam qui a verrouillé internet et restreint la liberté sur les réseaux sociaux, donne une idée de ce qui se propage dans les pays à régime totalitaire. De façon radicale, la Chine a bloqué Facebook. 

A Maurice, l'espace en ligne offrait un refuge relatif où les gens pouvaient partager leurs idées et leurs opinions avec moins de crainte de la censure. Avec les pouvoirs étendus accordés au gouvernement pour surveiller internet, cela signifie qu'il n'y a plus d'espace sûr où les gens pourront s'exprimer librement.

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Rédigé par E. Moris le Dimanche 4 Novembre 2018

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