Edito de Moris

Les routes du désespoir

Lundi 8 Octobre 2018

«Si des gens pensent, à Berlin ou à Bruxelles, qu'ils vont pouvoir balancer des dizaines de migrants en Italie (...) il n'y aura pas d'aéroports disponibles. Nous fermerons les aéroports comme nous avons fermé les ports» a déclaré ce week-end, le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini (extrême droite).

L'Italie va fermer ses aéroports aux avions de ligne non autorisés transportant des migrants en provenance d'Allemagne. Rome demande une réforme du traité de Dublin afin que soit organisée une répartition des nouveaux arrivants dans l'ensemble de l'UE et non plus l'obligation de rester dans le pays où ils sont arrivés en Europe.

Si les problèmes de l'Europe semblent bien loin de nos préoccupations. Détrompez-vous !

Une information a échappé à l'ensemble des média, à l'instar de leurs six compatriotes en mars dernier, huit ressortissants sri-lankais sont parvenus à rejoindre La Réunion samedi matin après 22 jours de mer. Ils entendent demander l'asile pour fuir un pays pauvre et en proie à des tensions ethniques et religieuses.

La Réunion deviendrait-elle la destination de choix des populations sri-lankaises cherchant à fuir leur pays ? Six mois après l'arrivée de six naufragés sur un radeau de fortune et un mois après l'interception d'un bateau de 90 migrants au large des côtes sri-lankaise, un nouvel épisode semble accréditer cette hypothèse.

Escortés, fouillés par les douaniers et la compagnie départementale d'intervention de la police nationale, les hommes semblent heureux et visiblement soulagés. Ils disent avoir payé 4 000 euros chacun à un passeur pour faire ce voyage, qui était visiblement bien préparé et auraient mis 22 jours pour parcourir les 4 000 km les séparant de La Réunion. Leurs auditions devraient permettre d'en savoir plus avant que leurs demandes d'asile, ne soit transmises à l'office française de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Tandis que les autres pays riches de l'océan Indien comme l'Australie ou la Nouvelle-Zélande ont récemment durci leur politique d'accueil, La Réunion pourrait devenir une nouvelle opportunité pour les migrants. Ces voyages, s'ils venaient à se multiplier, pourraient soulever des problèmes cruciaux. La Réunion n'est pas équipée pour supporter un accueil massif de migrants. Un manque de moyens nautiques pour contrôler les eaux territoriales est aussi à signaler. Ils ont aussi bien à faire à Mayotte pour lutter contre l'immigration clandestine en provenance des Comores à savoir que 50 % des actuels habitants de l’île sont des migrants clandestins. Elle connaît la plus forte croissance démographique de tous les territoires français, car elle constitue une porte d’entrée impossible à fermer. 

C'est quand même préoccupant de voir que ces gens sont près à franchir une telle distance dans une mer difficile. Sans doute pensent-ils que dans une île européenne l'accueil sera meilleur et plus clémente qu'ailleurs. Qu'en est-il à Maurice ? Certes on ne se retrouve pas avec des bateaux de migrants comme aux portes de la Méditerranée, mais les personnes en situation irrégulière arrivent sur l'île avec un réseaux de passeurs digne d'une mafia organisée. Les arrestations récentes et médiatiques des travailleurs étrangers pour séjour illégal en sont la preuve. On se doute bien que ce n'est pas 25 arrestations ici et là qui démantèleront un trafic humain bien rodé depuis plusieurs années..

Ces nouveaux phénomènes de migration mondiales doivent impérativement être pris au sérieux en s'intéressant aux causes et en coopérant avec le pays de départ, si on ne veut pas se retrouver avec un flux de migrants sur les bras. A-t-on prévu de tous les expulser ou dans certains cas, pour causes humanitaires, ceux qui ont fui leurs pays pourront séjourner sur l'île et s'offrir une nouvelle vie ? Ou doit-on s'attendre à des réflexions abêtissantes, des migrants venus "voler l'Etat et le travail des pauvres gens"...?  Tout comme il est plus facile de s'apitoyer sur le sort des migrants quand ils sont loin de nous qu'à nos portes.

Une façon de souligner qu'à l'approche des célébrations du 184e anniversaire de l’arrivée des engagés indiens, Maurice et son peuple - forgé au fil des immigrations successives -, n'auraient jamais existé...
 

Rédigé par E. Moris le Lundi 8 Octobre 2018

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