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Un autre regard

Le père Jean-Claude Veder : “Silence on tue” !


Rédigé par E. Moris le Samedi 9 Mai 2020

Le père Jean-Claude Véder, dirigeant d’Affirmative Action, mais aussi fondateur du mouvement Zezi Vrai Zom se sent interpeller par le meurtre de Caël Permes en détention.



Caël Permes avait neuf ans en 1999. A ce moment-là, il avait vu de ses yeux les émeutes causées par le décès du chanteur Kaya à la Cité Sainte-Claire à Goodlands où il était né.

Le mardi 5 mai 2020, on le découvrait gisant dans la cellule No 1 du bloc administratif de la prison de La Bastille à Phoenix par un officier de la prison vers les 20 heures 50. Il était à moitié nu et avait des ecchymoses sur le haut de son corps et des blessures au coude droit. Il était déjà mort au moment de cette découverte macabre dans sa cellule. Les journaux parlent de « meurtre ».

Des photos de son cadavre publiées sur le net montrent les atrocités qu’il a subies. Il a été transféré de la Prison de Beau-Bassin et conduit à La Bastille. Beaucoup de zones d’ombre entourent cette tragique affaire. 4 gardiens de prison affectés au Correctional Emergency Response Team (CERT) ont été convoqués et arrêtés. Ils sont actuellement sous le coup d’une arrestation.

Encore un ! Encore un décès de trop !

Depuis le début du confinement, il me semble que nous sommes arrivés à trois décès parmi les détenus. Certes, s’ils sont en détention, c’est parce qu’ils ont dû commettre un délit. Mais nous avons la présomption d’innocence. Je ne connais pas personnellement Caël,; mais ce « meurtre » suscite beaucoup d’interrogations :

1. Que s’est-il passé entre le moment de son transfert de la prison de Beau-Bassin et son arrivée à La Bastille ? Quel est le motif de son transfert ? Qui en a donné l’ordre ?

2. Qui sont les quatre gardiens de prison qui ont été interrogés puis arrêtés ? Ils ont eu l’autorisation de l’interroger de la part de qui ? Nous réclamons le nom du chef de ces quatre gardiens de prison. Aurait-il agi seul ou bien aurait-il agi en ayant instruction de plus loin que lui ?

3. Aujourd’hui quand il s’agit de divulguer l’identité d’un présumé meurtrier, sa photo est étalée dans les journaux alors pourquoi ne pas révéler l’identité de ces présumés agresseurs ?

4. Dans le cas de Caël Permes, il s’agit d’une affaire sordide de drogue. Le contexte de drogue a changé aujourd’hui. Elle sévit dans nos cités au vu et au su de tout le monde. Mais la peur tenaille chaque personne parce qu’il y a le risque de représailles. Le manque de confiance dans la police persiste et même sous l’anonymat, les gens ont peur de dénoncer. Où était donc la police alors qu’on fanait des billets en plein air lors des funérailles de Caël ? La police elle-même aurait-elle peur ?

5. Le profil ethnique des personnes liées au commerce de la drogue a changé. Plusieurs Créoles y ont vu un moyen simple et rapide de se faire de l’argent. Pourquoi travailler alors que je peux me procurer au minimum Rs 1000 par jour en vendant la mort ?

6. Le décès de Caël fait peser sur notre société un mal profond. Nous vivons dans une société malade, où la discrimination ne cesse de grandir, où l’impunité existe trop, où des jeunes regardent ce qui se passe et ne voient plus un avenir serein et heureux. Avec le Covid-19, le pire peut arriver si nous ne prenons pas les taureaux par les cornes pour déraciner la misère. Car c’est de cela dont il est question. La misère qui pousse à se faire de l’argent facile. La misère qui fait crier : « Combien de temps encore cela va durer ? » Le fossé entre les riches et les pauvres va-t-il continuer à s’agrandir ?

7. Derrière ce dramatique épisode social du Covid-19, certains n’ont pas encore compris pourquoi notre société engendre des inégalités et ce sont encore une fois les Créoles qui en font les frais. Arrêtez avec les commentaires du genre : « ils sont paresseux… », « ils sont tous pareils », « ils ne pensent qu’à l’argent facile », etc. Les réseaux sociaux pullulent de remarques de toutes sortes envers les « gens des cités » (dit souvent avec mépris). Loin de moi de défendre les dealers, les paresseux, etc… Mais c’est un problème national qui touche tous les Mauriciens.

8. Entre-temps, on tue…on tue lentement et nous sommes condamnés à rester silencieux. Dans les prisons croupissent des détenus. On y tient un registre des profils ethniques des détenus. Je crains fort que nous serons surpris du nombre de détenus de la « population générale » …. Ils seront sans doute en majorité. Nous posons-nous la question pourquoi ? Si nous nous posons la question c’est pour trouver des remèdes et guérir notre société malade et en particulier un groupe ethnique.


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