Politique

Le Grand Bluff

Vendredi 24 Août 2018

Ameenah Gurib-Fakim : « J'ai la conscience claire car je n'ai absolument rien à me reprocher ». C'était lors de son discours officiel à la State House dans le cadre du lancement de son livre « From Le Réduit to the State House » avant ses adieux à la nation mauricienne.


Alors qu'elle reste au centre d'une polémique qui a provoqué une crise au sommet de l'Etat, l'ex présidente de la République se demande encore « quel crime elle a commis ».  
 
Jouant à souhait la cruche et se drapant de son petit rôle de vase à fleurs qu'on a souvent pu lui reprocher, elle s'est défendue d'avoir violé la Constitution et se demande pourquoi l'affaire Platinum Card a éclaté, «à la veille des 50 ans de l'Indépendance du pays» et «de la Journée internationale de la femme» tout en demandant à ses “sœurs” de faire entendre leur voix.  
 
Face à la commission d'enquête instituée par ses ex amis, les auditions sont consternantes. Madame garde la même ligne de conduite avec une naïveté déconcertante. 
 
Elle affirme avoir "remboursé" en mars 2017 l'argent qu'elle avait utilisé pour ses achats personnels à travers une carte de crédit mise à sa disposition par l'ONG Planet Earth Institute, dirigée par l'homme d'affaires controversé, Alvaro Sobrinho.  
 
Le relevé rendu public par le journal l'Express établit que la carte bancaire a été utilisée en 2016, une vingtaine de fois par la Présidente, notamment dans des boutiques duty free. Coût de notre addict au shopping : presque un million de roupies pour divers achats de bijoux, de vêtements et de chaussures haut de gamme.  
 
Après la publication de l’article, la Présidente nie et met au défi le journal de prouver l’authenticité du document bancaire. Mais semble ne toujours pas réaliser que c'est une curieuse et singulière pratique que d'utiliser une carte bancaire destinée à financer les activités d’une ONG à des fins personnelles.  
 
La présidente de la République n'en démord pas
 
 «Some people are trying to paralyse the institution with partial truth. Où était mon crime? Dans l’exercice de mes fonctions au sein du Planet Earth Institute, j’ai eu une carte. J’ai remboursé mes dépenses. Je ne dois rien à personne».
 
Entre tweets assassins et communiqués sur sa page facebook, madame la Présidente a affûté ses armes et monte au créneau. Elle écarte toute possibilité de démission, contrairement à ce qu’avait affirmé le Premier ministre lors d’un point presse dans un numéro de grand bluff où il avait affirmé que : 
 
"La présidente de la République démissionnera après la fête nationale du 12 mars, mais avant la reprise parlementaire."

La veille, le Conseil des ministres avait décidé de la destituer de son poste. Ce qui avait été officiellement annoncé et repris par la presse étrangère.  
 
Le divorce était  prononcé. Elle et lui "ne sont pas sur la même longueur d'onde". Le plus haut poste de l'État et le plus haut poste du gouvernement sont en désaccord. Il y a, en d'autres termes, une crise constitutionnelle à la tête du pays. Une première dans l'histoire de l'île Maurice. 
 
Dans un cafouillage grotesque qui frise le ridicule, alors qu'il avait initialement sommé la Présidente de quitter le Château du Réduit avant l'arrivée du président indien, tout en déployant les grands moyens pour la faire plier. Comme la non participation à la garden party et autres activités organisées par la présidente et le risque de subir un boycotte systématique, et donc humiliant, durant les fêtes. 
 
Il concède à ce qu'elle reste en poste pour « quelques jours encore » pour présider les cérémonies de l’indépendance. 
 
Comme si ce n'était pas assez embrassant, l’opposition avait déjà fait savoir qu’elle comptait boycotter toutes les célébrations où la présidente sera présente. Un fait sans précédent le jour d'une fête nationale.  
 
Le mélodrame a ensuite duré avec des rebondissements dignes d'une mauvaise télénovelas à la sauce mauricienne. Entre discussions, p'tits coups de pression, des "kouchou kouchou derrière la porte", le ministre Mentor dans le rôle du négociateur, des valises prêtes puis défaites. Des crises d'angoisse en crise émotionnelle. 
 
Madame la Présidente a fait de la résistance !  
 
Après avoir failli en ne mettant pas, pour des raisons qu’il doit être le seul à savoir, à exécution la décision d’instituer un tribunal, ce qui aurait permis en cas de faute grave établie de ne pas partir avec tous les privilèges, Pravind Jugauth a annoncé une commission d’enquête sur les conditions dans lesquelles l’ancienne occupante de la State House avait, le 16 mars, annoncé l’institution d’une commission d’enquête sur l’affaire Sobrinho.
 
La guerre des nerfs s'annonçait intense, chose faite. Les dénonciations vont bon train de parts et d'autres. On assiste à un véritable déballage sur la place publique, de son ancien avocat devenue adversaire et qui l'accule n'hésitant pas à balancer des allégations graves, du Premier ministre qui ne cesse d'insinuer qu'il n'est pas un menteur, ce qui sous entend que l'autre est une menteuse.

Le public qui à défaut de séances parlementaires pour cause de vacances des députés, vit au rythme de cette série qui est en train de remplacer à coup sûr toutes les télénovelas. Une saga/séga originale en version angolaise.

Arrivé jeudi, le bellâtre et milliardaire Alvaro Sobrinho a été sommé de s'expliquer dans les bureaux de l'Icac ce vendredi et demain samedi rebelote. Ses bureaux ont été perquisitionnés...Le sens de l'accueil mauricien connaît ENFIN ses limites !


Si Ivan Collendaveloo avait affirmé : « Il a suffit que je regarde Sobrinho dans les yeux pour savoir que son argent est propre»pas certaine que la commission anti-corruption lui fasse les "yeux doux" pour savoir si son argent est propre ! 

Lire également :


[Dossier] L'encombrant milliardaire Alvaro Sobrinho embarrase la République de Maurice
https://www.zinfos-moris.com/Dossier-L-encombrant-milliardaire-Alvaro-Sobrinho-embarrasse-la-Republique-de-Maurice_a935.html

Rédigé par E. Moris le Vendredi 24 Août 2018

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