Politique

La réforme électorale expliquée aux nuls !

Dimanche 9 Septembre 2018

Dans une série d’entretiens à divers médias cette semaine, Nando Bodha, ministre des Infrastructures publiques, membre du comité interministériel sur la réforme électorale, a donné les grandes lignes des propositions de cette instance.


La réforme électorale expliquée aux nuls !
Le point fort de la réforme est l’annulation d’obligation à tout candidat de déclarer sa communauté.

Pourtant, Maurice n’avait pas tellement le choix eu égard du jugement du comité onusien des droits de l’homme dans l’affaire du Bloc 104. En effet, ce comité a mis le pays devant deux options. 
 
La première consiste à permettre à tout Mauricien de se porter candidat sans avoir à décliner son appartenance ethnique. Simple, diriez-vous ! Sauf que cela affecte les calculs pour déterminer les Best Loser, c’est-à-dire les députés perdants qui sont repêchés selon le critère ethnique. 
 
La seconde option consiste à faire un nouveau recensement en demandant aux Mauriciens de décliner leur appartenance ethnique. Simple aussi en apparence ! Le problème, c’est que cela équivaudrait à ouvrir la boîte de Pandore car de nombreux groupes ethniques, du moins certains de leurs représentants, réclament depuis de nombreuses années d’être reconnues comme communauté à part entière. 
 
Il faut rappeler que la Constitution de Maurice ne reconnaît que quatre communautés :
(i) Hindoue
(ii) Musulmane
(iii) Sino-mauricienne
(iv) Population générale
 
Cette situation fait que de nombreux groupes, comme les tamouls, les marathis et les télégous, qui tombent dans la communauté hindoue, disent ne pas être reconnus par la Constitution.

De plus, le terme même de population générale pose problème. En fait, il est défini, dans la Constitution toujours, comme regroupant tous ceux qui ne tombent pas dans les trois premières communautés.

C’est donc ce que certains ont appelés une communauté « fourre-tout » regroupant aussi bien les blancs et les créoles. 
 
Faire un exercice de recensement sur une base ethnique équivaut à donner la possibilité aux représentants de ces groupes d’entamer une campagne en vue d’une reconnaissance constitutionnelle. Ce qu’aucun gouvernement ne voudrait. 
 
Donc, la seule issue possible reste à permettre à tout Mauricien de se porter candidat sans avoir à décliner son appartenance communale. Sauf que cela va affecter le Best Loser, système institué pour assurer un équilibre ethnique au Parlement et qui est considéré comme étant l’un des facteurs ayant permis à Maurice d’avoir une certaine stabilité politique. 
 
Mais il ne s’agit pas d’un exercice facile. Car il fallait éliminer le Best Loser, officiellement tout au moins, mais rassurer ceux qui estime qu’un tel système est nécessaire pour le pays. C’est ce que se propose de faire ce gouvernement.

Ainsi, pour qu’il n’y ait aucune discrimination, la circonscription de Rodrigues, qui était la seule à n’élire que deux députés, contrairement aux 20 autres, va avoir trois représentants. Donc, il y a aura 63 élus selon le système First past the post. 
 
À cela, 12 députés seront élus selon un système de représentation proportionnelle, dite Party List. Car soulignons que le First past the post a une grande faiblesse, comme nous avons eu la preuve à Maurice en 1982 et 1995. En cas de 60-0, le perdant qui pouvait avoir récolté 30% (en 1982) ou 22% (1995) des suffrages se retrouvait avec aucun représentant au Parlement. D’ailleurs, en 1982, la Cour suprême avait dû trancher pour que, dans le cas d’un 60-0, tous les députés repêchés selon le critère ethnique soient issus du camp perdant. 
 
Donc, après la nomination des 12 députés selon la représentation proportionnelle, il y aura neuf sièges à être alloués, cette fois-ci par les leaders.

C’est la Commission électorale qui déterminera le nombre de sièges que chaque parti ou alliance va bénéficier et le leader choisira qui nommer afin d’assurer un équilibre ethnique au sein de son parti ou alors de l’Assemblée nationale. 
 
Mesure louable mais elle comporte certains désavantages !

Déjà, il va falloir agrandir l’Assemblée nationale pour accommoder 82 députés. Un nombre qui pose problème pour une population de 1,3 million d’habitants. Pour Paul Bérenger, par exemple, « c’est le prix à payer ». 
 
Autre argument : une telle mesure va augmenter les pouvoirs du leader. À tel point qu’on pourrait assister à une dictature du leader. Mais force est de constater que c’est déjà en partie le cas. Le leader octroie le ticket, choisit où aligner le candidat et, en cas de majorité, décide qui sera ministre ou pas. Ce qui fait dire à certains que le leader « est tout-puissant »
 
Troisième argument : un leader qui convoite un électorat précis ne sera-t-il pas tenté de nommer quelqu’un de cet électorat au détriment d’une communauté qui est réellement sous-représentée ?

Cette question précise n’a pas encore été posée. Mais force est de constater que la nomination des Best Loser par la Commission électorale jusqu’ici ne souffrait d’aucune contestation.

Personne n’accusait cet organisme d'être partial. Les leaders politiques jouissent-ils de la même estime? 

Rédigé par E. Moris le Dimanche 9 Septembre 2018

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