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Opinion

La gestion des affaires de l'Etat à l'île Maurice : un bordel sans nom


Rédigé par E. Moris le Mardi 14 Décembre 2021



La débâcle du gouvernement est du pain bénit pour l'opposition qui accule Pravind Jugnauth dans ses derniers retranchements. L'année fut difficile pour tous, mais si il y a bien un parti politique qui a encore une fois morflé c'est le MSM. Après la perte de sir Aneerood Jugnauth, parti dans une certaine indifférence, c'est la bérézina. 

Avec une armée de "souceurs maillots" agrippée à son fond de culotte, Pravind Jugnauth est en mauvaise posture. Depuis la réouverture des frontières, les voyants sont au rouge comme avant un crash d'avion. De rouge écarlate, le pays a connu une résurgence violente et brutale de nouveaux cas du Covid-19 malgré la campagne de vaccinations et des conditions sanitaires estimées très strictes.

Les hôpitaux sont saturés, les respirateurs artificiels ou l'oxygène rares et les cimetières si débordés, qu'il a fallu prolonger les heures de fermeture à minuit pour permettre d'enterrer les morts, faute de morgue adapté. Comme annoncé depuis le début de la gestion de la crise sanitaire, l'incompétence, les mensonges, les approximations et improvisations du trio infernal Gaud, Joomaye-Jagutpal, ont plongé le pays dans le chaos. Malgré les appels répétés à l'unité de la nation, malgré des conférences de presse de l'exécutif, qui s'avèrent un désastre, où louanges et flatteries sont mis en avant à la limite de l'idolâtrie, malgré un recadrage de la communication gouvernementale pour éviter les couacs, c'est la rupture avec le peuple.

Les abus des contrats à travers « l’Emergency Procurement » et le dernier en date avec le CPN Distributors, a rajouté de l'eau à un vase beaucoup trop plein. L'achat de Molnupiravir éclabousse avec fracas et grand bruit tout le monde. Comment un Premier ministre qui s'entête d'une gestion exemplaire et qui préside des réunions quotidiennes du Covid-19 High level Committee peut ignorer un contrat de Rs 80 millions ?

Le sort du Dr Kailesh Jagutpal ne tient qu'à un fil, mais si il plonge, il coule tout le monde avec lui. Pravind Jugnauth l'a bien compris et gagne du temps. Si il concède qu’il y a des zones d’ombre dans cette commande du Molnupiravir et que l'affaire est référée à l’ICAC, personne n'est dupe. Son conseiller "bénévole" Zouberr Joomaye a lui aussi une enquête de l'ICAC collée aux fesses, mais selon la formule l'enquête est "en cours"...

Ce n'est pas la première fois, que l'abus des Emergengy Procurement Procedures et la politique d'opacité du High-Level Committee for Covid-19 sont décriés avec l'achat par millions au prix supérieur du marché concernant les équipements et médicaments. Le rapport de l'Audit 2019-2020, fait état de transactions par millions de roupies, et dont les dossiers n’ont pas été remis aux auditeurs. Un rapport très critique, pour qui se donne la peine de le lire, pointe du doigt le High-Level Committee sur le Covid-19, mis en place rappelle-t-il tout au long de ses conclusions, par le Prime Minister’s Office, la National Task Force on Covid-19, les ministères de la Santé, du Commerce et dans une moindre mesure celui du Tourisme, la State Trading Corporation et la Mauritius Tourism Promotion Authority. 

Rappelons qu’un milliard de roupies de produits sanitaires ont été acquis à travers la STC principalement pour le compte du ministère de la Santé. Les fameux respirateurs Pack and Blister acquis pour Rs 94 millions et les commandes de médicaments dont les prix ont été gonflés entre 15 et 3,300 %.

Aucun dossier du High-Level Committee au PMO 

Fait surprenant le comité mis sur pied au niveau du ministère de la Santé durant le premier confinement n’a conservé ni agenda ni les comptes-rendus des réunions. Le High-Level Committee for Covid-19 présidé par Pravind Jugnauth, n'a laissé aucune trace. ll est donc difficile, voire impossible, de savoir qui a décidé et autorisé ces achats sous la procédure d’urgence pour, rappelons- le, Rs 1,7 milliard.

Comme dans un mauvais film, Pravind Kumar Jugnauth fermera le Parlement en s'accordant un nouveau sursis de trois mois. Pour justifier son geste, il a fait référence à...2014 lorsque le parlement était fermé durant neuf mois. Pour lui, ce n’est pas la première fois que le Parlement va aller en congé en décembre, tout comme il a déploré que le leader de l’opposition n’ait pas saisi l’occasion, certains vendredi, de poser de PNQ, mais aussi de mal se comporter et de chercher "l'emmerdement" avec le Speaker.

Dans sa tirade, Pravind Jugnauth a aussi taclé son adversaire politique Paul Bérenger, estimant à mot couverts que certaines personnes sont trop "vié", et qu'ils ne peuvent rester trop longtemps au sein de l'assemblée...oubliant par ailleurs avec ironie, que feu son père, dans son très grand âge, a été nommé ministre mentor, un ministère sur mesure pour jouer à la baby sitter.

Mardi 14 Décembre 2021