Environnement

La Réunion, le dernier sanctuaire de la roussette noire ?

Samedi 9 Février 2019

Si la presse internationale, comme cité par la Rédaction de Zinfos Moris le 1er février : "Les chauves-souris géantes de l'île Maurice, tuées pour leur gourmandise"; fustige, la décision de Maurice d'abattre ses chauves souris, un article paru dans le Journal de l'île de La Réunion daté du 6 février tend à faire réfléchir sur l'avenir de la roussette noire, une espèce protégée qui est entrain d'être exterminée par le gouvernement mauricien.


Depuis 2015, le gouvernement mauricien autorise chaque année l'abattage de roussettes noires, une espèce pourtant protégée. 

En décembre dernier, lors de la troisième campagne, 13 000 individus ont été exterminées réduisant de 50 % la population de roussettes. 

Disparue de La Réunion au 19e siècle, la roussette noire, portée par les vents depuis Maurice, avait fait un retour remarqué en 2008 et pourrait bien être l'avenir de l'espèce sur le territoire réunionnais. 

Depuis plusieurs années, l'espèce est sous surveillance de l'Union internationale de la conservation de la nature (UICN). En trois ans elle est passée de «vulnérable» à «en danger d'extinction».   

Le principal argument du gouvernement mauricien invoque la raison d'État pour se débarrasser des mammifères volants. Mais l'impact des chauves-souris sur les récoltes est en fait minime, souligne Christian Vincenot, professeur à l'université de Kyoto, spécialiste des chauves-souris et conseiller auprès de la partie civile.  

En 2015, une étude effectuée par l'Agricultural Research and Extension Unit du ministère de l'Agriculture mauricien révélait que les roussettes étaient à l'origine de la destruction de 10 à 25 % des fruits des vergers commerciaux, et entre 60 et 80 % des fruits provenant des arrière cours.  

Une roussette noire adulte serait capable de consommer quotidiennement 2,5 fois son poids en fruits. La Mauritian Wildlife Association contestait ces chiffres. Elle estimait que seuls 11 % des dégâts observés dans les vergers de letchis et 20 % de ceux constatés dans les vergers de manguiers étaient dus aux roussettes. 

C'est le 22 février prochain que la Cour suprême mauricienne examinera une injonction déposée par l'association Droits humains océan Indien (Dis-Moi), qui vise à obtenir l'abrogation d'une décision prise par le ministère de l'Agriculture mauricien permettant d'abattre les roussettes noires, une espèce pourtant protégée à Maurice. 

Les enjeux économiques sont en contradiction avec la protection de l'environnement.   

L’abattage de 18 000 chauves-souris reviendrait à éradiquer 36 % des roussettes de l’île. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a, en 2018, classé la roussette noire sur sa liste rouge, celle des espèces en danger d’extinction. 

Si la Cour suprême mauricienne déboute l'association Dis-Moi, l'avenir de la roussette noire apparaît gravement compromis à terme à Maurice. 

La Réunion, où elle avait disparu au 19e siècle, pourrait alors redevenir le dernier sanctuaire de la roussette noire. 
 
Disparue il y a 200 ans, la roussette noire est de retour à La Réunion en 2007. A savoir que toutes les chauves souris de La Réunion sont protégées par l’arrêté ministériel du 17 février 1989. 

À l’heure où les Mauriciens ont lancé la chasse à la roussette noire, il semblerait que l'île de La Réunion, devienne un refuge pour cette espèce protégée.

Rédigé par E. Moris le Samedi 9 Février 2019