Politique

[Kugan Parapen] L’état dépend de plus en plus sur les automobilistes pour financer le budget national

Dimanche 14 Octobre 2018

Il fut un temps où la punition corporelle était le moyen privilégié des parents mauriciens pour s’assurer que leur enfant devienne un adulte respectueux et responsable. Ils sont sans doute encore nombreux les enfants mauriciens à se faire ‘rinser’ par leurs parents pour avoir été désagréable, voire désobéissant. Cependant, au fil du temps, cette pratique a été remplacée par une approche plus pédagogique et heureusement moins brutale car c’est bien connu que la violence engendre la violence.


Pravind Jugnauth ressemble de plus en plus à ce père de famille qui, pour reprendre une expression chère à lui, « claque » ses enfants pour maintenir l’ordre et se faire respecter. Malgré sa volonté de sortir de l’ombre de papa et de se présenter comme un Premier Ministre moderne et progressiste, sa politique gouvernementale le trahi. Au lieu de s’adresser aux maux de notre société à leur racine, il s’entête à perpétuer le style paternel, c’est-à-dire la répression. Et de ce fait, il devient de plus en plus en déphasage avec une grande partie de la société mauricienne assoiffée d’un autre style de gouvernance – plus axé sur la pédagogie et l’éducation des citoyens que sur la répression.

Il est peu probable que seule la hausse des amendes par rapport aux infractions routières ait un impact considérable sur la sécurité routière. Selon le directeur du département du Transport des Etats Unis, il n’existe aucune recherche académique et empirique qui montre une corrélation entre des amendes plus fortes et une diminution dans le nombre d’accidents. Nous avons vérifié plusieurs de ces recherches sur la toile et il semblerait que le directeur américain ait malheureusement bien raison. 

Notre lecture de la hausse des amendes par rapport aux infractions routières est tout autre. Pour Rezistans ek Alternativ, cette hausse dans les amendes liées aux infractions routières émanerait plutôt du Ministère des Finances que des casernes centrales. Il n’est plus un secret pour personne que le libéralisme économique mis en place par divers gouvernements successifs depuis le début de ce millénaire a eu un impact extrêmement sévère sur les caisses de l’état. Le manque à gagner pour l’état par rapport à la baisse drastique des taxes directes sur les profits des compagnies se chiffre à plusieurs milliards de roupies et c’est un trou monétaire gigantesque que le gouvernement a du mal à remplir. 

La hausse des taxes directes sur les produits de consommation qui fait que le panier ménager coûte tellement plus cher au supermarché, les taxes abusives sur les produits pétroliers qui ont fait grimper le prix de l’essence à la pompe, et maintenant les amendes « gayn dimal » pour les automobilistes ne sont en fait que les pièces d’un même puzzle. Un puzzle habilement élaboré par une élite économique de plus en plus gourmande au détriment du reste de la population mauricienne. Nous mauriciens sommes peut-être dociles (pour combien de temps encore ?) mais nous ne sommes point naïfs. Si Pravind Jugnauth a tellement à cœur la sécurité routière, qu’il crée un « Road Safety Fund » dans lequel serait reversé la totalité des amendes routières. Ce fonds pourrait ensuite être exclusivement utilisé pour améliorer l’infrastructure routière et financer des campagnes massives de conscientisation et de prévention par rapport à la sécurité routière. Mais il ne le fera pas. Tout comme il n’a pas jugé utile de se servir des 10 milliards de roupies de taxes qui sont prélevées sur la vente des boissons alcoolisées et la cigarette pour mener des campagnes nationales d’envergure contre le tabagisme et l’alcoolisme.

Aussi, vous souvenez vous des 3 roupies prélevées sur le litre d’essence qui devait alimenter le « Build Mauritius Fund » ? Qu’en est-il advenu ? Force est de constater que le « Build Mauritius Fund » n’existe plus aujourd’hui et que tout l’argent déposé sur le fonds a été transféré dans les comptes courants de l’état pour payer les dépenses récurrentes du secteur public lors du dernier budget. Or, c’est de ce fonds que devait provenir la promesse de l’eau coulant du robinet 24/7. Mirage à défaut de miracle… Nous vivons dans une société qui nous a constamment vendu la répression comme remède contre nos maladies sociétales alors qu’en réalité cette répression que nous subissons au quotidien est chirurgicalement instrumentalisée par les élites pour leur bien être sadique.
 
Il est malheureux de constater que la force policière est prise au piège dans ce jeu malsain. Le rôle primaire des forces de l’ordre est de s’assurer que nous routes soient sécurisées. Dans la configuration actuelle, les membres de la force policière se retrouvent plutôt reconvertis en agents du fisc qu’autre chose. Qui plus est, le nombre de contraventions émis par agent de police semblerait être un facteur déterminant dans l’évaluation de la performance de l’agent. Accorde-t-on dans ce pays des promotions en mesure du degré de répression ? En tout cas, Rezistans ek Alternativ compte bien faire part de son inquiétude grandissante face à cette instrumentalisation dangereuse des forces de l’ordre au syndicat de la police car il n’y a de plus malsain que des policiers qui sont systématiquement orchestrés contre une population qu’elle devrait protéger et servir. 

Rezistans ek Alternativ ne fait pas de populisme. Nous reconnaissons qu’il existe véritablement un problème au niveau de la sécurité routière. Cependant nous sommes dubitatifs quant aux mesures implémentées par le gouvernement de Pravind Jugnauth pour lutter contre cet épineux problème. Notre analyse collective nous porte à penser que la solution se situe en amont plutôt qu’en aval. Apprend-on aux aspirants automobilistes à être des chauffeurs responsables et aguerris ou se limite-on à produire des chauffeurs qui passent leur « test » ? Se pourrait-il que le syndrome de la CPE soit généralisé au niveau sociétal ?

Pour mettre les choses en perspective, sachez que l’aspirant chauffeur allemand, en sus d’un test théorique d’une difficulté inouïe, doit démontrer ses aptitudes de conduite sur un parcours de pas moins de 45 kilomètres. Et cela inclus la conduite sur des routes urbaines, des routes rurales, des autoroutes, de jour comme de nuit.  Y est aussi compris plusieurs heures de cours sur comment prodiguer des premiers soins (First Aid) et comment réagir en situation d’urgence. Autant dire que c’est beaucoup plus poussé que le « bat enn kare dan porlwi » auquel on nous a habitué. Rezistans ek Alternativ propose une revue de fond en comble de la façon dont on apprend à conduire sur nos routes. Pour maximiser la portée de cette réforme, il est essentiel que tous les automobilistes déjà détenteur de leur licence de conduite soient aussi partie prenant de cette rééducation. On pourrai ainsi imaginer l’introduction d’un « National Driving Re-Learning Programme », cour de rééducation obligatoire pour tous les automobilistes existants.    
 
“The illiterate of the 21st century will not be those who cannot read and write, but those who cannot learn, unlearn, and relearn. ” Alvin Toffler


 

Rédigé par Kugan Parapen le Dimanche 14 Octobre 2018

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