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Société

[Jean-Luc Mootoosamy] Une voix comme porte-drapeau


Rédigé par Jean-Luc Mootoosamy le Dimanche 23 Août 2020

A Maurice, la plainte d’un citoyen, M. Bruneau Laurette, suite à la marée noire provoquée par le MV Wakashio, a conduit deux ministres devant la justice. Aux abords du tribunal, leurs soutiens bruyants, venus en force, se sont heurtés à un obstacle inattendu. Une voix les a stoppés net.



Jean-Luc Mootoosamy par @ Eric Vazzoler
Jean-Luc Mootoosamy par @ Eric Vazzoler
Comme un coup de sifflet, celui qui annonce une fin de partie. La voix d’une femme a remis l’église au milieu du village, ce vendredi 21 août devant le tribunal de Mahébourg. Une intervention saisissante. A elle seule, Madame Dominique Veerasamy a dit l’exaspération de nombreux citoyens mauriciens. Et il fallait un sacré courage pour interpeller cette garnison orange hurlante, progressant avec l’assurance des puissants, des intouchables du jour, convaincus de pouvoir intimider le judiciaire. L’image d’une troupe, comme ces Romains dans une aventure d’Astérix le gaulois, serrés et fanfaronnant derrière leurs boucliers - ici des banderoles portant nom de leur roi et faute d’orthographe - jusqu’à ce que tout à coup, sans invitation, Obélix leur tombe dessus…


 

Mme Dominique Veerasamy, à Mahébourg, le 21 août 2020. (photo lexpress.mu) © La Sentinelle Ltée
Mme Dominique Veerasamy, à Mahébourg, le 21 août 2020. (photo lexpress.mu) © La Sentinelle Ltée
Le visage marqué de Mme Veerasamy est le miroir de Mahébourg meurtri, mais digne et surtout, debout. COVID 19 et marée noire du Wakashio ont été vécus comme une double peine pour son époux et son fils, pêcheurs. « C’est l’argent de la pêche qui nous fait vivre », dit-elle au quotidien l’express. Elle est endettée et doit composer avec ce poids de plus en plus lourd. Et c’est pour cela que Mme Veerasamy élève la voix, parce que ceux qui manifestent devraient plutôt se montrer solidaires des habitants effrayés et désorientés face à un avenir obscur. « Ne venez pas faire de politique ici ! Battez-vous pour nos libertés, les droits des citoyens. C’est notre drapeau que nous devriez porter ! ». Le drapeau mauricien comme rempart pour défendre les droits des citoyens.

Mme Dominique Veerasamy confront les partisans du gouvernement. (Vidéo © Le Mauricien)

Oui, de plus en plus de voix s’élèvent pour dire assez, rappeler à l’ordre et mettre en garde les porteurs de couleurs politiques. Elles le disent aussi sans détour à tous les partis : les tentatives de récupération de leur mouvement qui grandit ne seront pas tolérées. Les formations politiques devront apprendre à suivre la foule plutôt que d’être suivies et cela nécessitera une sérieuse mise à jour de leur système d’opération pour être compatible.

Le samedi 29 août 2020 à Maurice et à l’étranger, des citoyens marcheront, s’exprimeront. Et les messages sectaires et nauséabonds qui font surface sur les réseaux sociaux, en toute impunité pour décourager les initiatives citoyennes, ne feront qu’amplifier la mobilisation. Les Mauriciens, en noir, demanderont à être écoutés, réclameront des comptes. Oui, quelles que soient les pressions, une autre marée drapée de rouge, bleu, jaune et vert, est en train de monter.

Après avoir dirigé la rédaction de Radio One, Jean-Luc Mootoosamy a géré des programmes médias dans des zones de conflits. En novembre 2017, il lance « Media Expertise », cabinet de consultants pour accompagner des médias indépendants. Il a exercé comme consultant pour, entre autres, CFI, l’Agence Française de Développement et l’Organisation Internationale pour les Migrations. 
Texte publié dans le "Club Mediapart".


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