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Société

Droits humains : le rapport accablant du département d’État américain pour l'île Maurice


Rédigé par E. Moris le Mercredi 5 Avril 2023

Rien n’a changé en un an ! Mieux, cela a même pu empirer. Le rapport 2022 du département d’État américain sur les droits humains est toujours aussi accablant pour Maurice.



Ce que l’on retient en premier lieu, c’est la liberté d’expression. Le rapport note que le gouvernement mauricien « n’a pas toujours respecté » ce droit, même en ce qu’il s’agit des médias. 

Le document souligne que parmi les problèmes importants en matière de droits de l'homme figuraient « des rapports crédibles faisant état de traitements cruels, inhumains et dégradants de la part du gouvernement, d'arrestations arbitraires, d'ingérences arbitraires ou illégales dans la vie privée, de graves restrictions à la liberté d'expression et aux médias, y compris la censure, d'une grave corruption du gouvernement, de l'absence d'enquêtes sur les violences fondées sur le sexe et de l'obligation de rendre des comptes à ce sujet, ainsi que de crimes impliquant des violences ou des menaces de violence à l'encontre de membres de groupes raciaux ou ethniques minoritaires ». 

Il souligne que le gouvernement « n'a pas toujours pris des mesures pour poursuivre et punir les fonctionnaires qui ont commis des abus ou se sont livrés à la corruption, que ce soit dans les services de sécurité ou ailleurs dans le gouvernement ». Selon le document, « l'application des poursuites et des sanctions était incohérente et parfois influencée par des considérations politiques, ce qui a conduit à l'impunité ».

Le rapport explique que contrairement à 2021, aucun rapport n'a fait état d'exécutions arbitraires ou illégales commises par le gouvernement ou ses agents. Néanmoins, il rappelle que le 26 janvier, le bureau du directeur des poursuites publiques a demandé à la police de rouvrir une enquête sur l'assassinat en 2020 du militant du Mouvement socialiste militant Soopramanien Kistnen, après avoir reçu un rapport d'enquête judiciaire qui réfutait les affirmations de la police selon lesquelles il s'était suicidé. Le document souligne que Kistnen « était apparemment sur le point de révéler des informations impliquant un ancien ministre dans un système frauduleux de passation de marchés portant sur des fournitures COVID-19. Il n'y a pas eu d'autres développements à la fin de l'année ».

Mais c’est surtout au niveau du chapitre respect des libertés civiles que le rapport est encore plus critique à l’égard de Maurice. Le document souligne que la constitution prévoit la liberté d'expression, y compris pour les membres de la presse et des autres médias. Mais il ajoute que « le gouvernement n'a pas toujours respecté ce droit ». Le rapport explique que « les citoyens jouissent d'une large liberté d'expression » mais que « dans certains cas, il leur est interdit de critiquer le gouvernement ou de discuter de questions d'intérêt public… Il s'agit notamment des restrictions imposées par les lois qui criminalisent les "discours de haine". »

Le rapport précise aussi qu’au cours de l'année 2022, « la police a arrêté Bruneau Laurette, Wayne Attock, Akil Bissessur et Doomila Moheeputh pour trafic de drogue, après qu'ils aient fait des commentaires critiques à l'encontre du gouvernement ou de la police ». Selon le département d’état américain nombre d’observateurs « ont affirmé que les autorités avaient pris ces mesures pour marginaliser les personnes arrêtées en raison de leurs commentaires critiques ». 

Le rapport indique que des « politiciens et activistes de l'opposition ont rapporté que leurs comptes de médias sociaux étaient régulièrement bloqués et que les messages ou les commentaires anti-gouvernementaux étaient supprimés ». 

Un chapitre est consacré à la plainte que trois journalistes du Defi Media Group (Nawaz Noorbux, Jean-Luc Emile et Al-Khizr Ramdin » et le directeur général de Top FM (Balkrishna Kaunhye) ont déposée à la police pour évoquer un cas de harcèlement en ligne de la part de groupes qui seraient proches du parti au pouvoir.  « En outre, ces groupes ont publié des documents insinuant que les journalistes étaient impliqués dans le trafic de drogue. À la fin de l'année, il n'y avait pas eu d'arrestation ni d'identification des personnes à l'origine de ces insinuations. Des rapports persistants indiquent que des parents de journalistes ont fait l'objet de mutations punitives en représailles aux critiques des journalistes à l'égard du gouvernement », souligne le rapport. 

Le rapport met aussi l’accent sur le fait que les « médias indépendants sont actifs et expriment une grande variété de points de vue » à Maurice. Cela, bien que les gouvernements aient par le passé utilisé leur pouvoir pour harceler des journalistes. « Des rapports anecdotiques indiquent que certains médias pratiquent l'autocensure pour bénéficier de la publicité du gouvernement dans leurs journaux », précise le document. 

Sur l’accès à Internet, le document indique que le gouvernement « n'a pas restreint l'accès à l'internet » mais qu’il a été signalé « qu'il avait interrompu le débit de l'internet lors des rassemblements des partis d'opposition ». Il souligne aussi que certains « rapports anecdotiques persistants indiquent que la police a mis sur écoute les téléphones portables et les courriels de journalistes et d'hommes politiques de l'opposition et qu'elle a bloqué ou censuré certains commentaires sur les médias sociaux sans autorisation légale appropriée ».

Mercredi 5 Avril 2023

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