Société

[Dossier judiciaire] Le système de pourvoi en grâce ébranlé par l’affaire Perrine

Vendredi 2 Novembre 2018

Un délit et c’est tout un système qui s’effondre ! Christopher Perrine, celui-là même qui a commis le vol chez l’assistante commissaire des prisons Guneeata Aubeeluck, et qui a ligoté la fille de la haut-gradée, peut se réjouir d’avoir mis dans l’embarras l’ancien chef juge Victor Glover, actuellement président de la Commission de pourvoi en grâce, mais aussi et surtout le cardinal Maurice Piat. Récit d’une affaire rocambolesque…


Le cassier judiciaire de cet habitant de La Tour Koenig, âgé de 33 ans, est pourtant chargé. Il a été arrêté à plusieurs reprises pour vols, vols avec violence, vagabondage, possession d’héroïne… Mieux, il a été condamné en 2009 pour vol avec utilisation d’une fausse clé et viol sur une touriste française de 16 ans à Blue-Bay. Pour l’agression sexuelle, il avait écopé d’une peine de prison de 18 ans.

Pour avoir été condamné pour un délit sexuel, il n’avait pas droit à la remise de peine. Théoriquement, Christopher Perrine n’aurait dû retrouver la liberté qu’en 2027. Or, en 2017, après avoir purgé neuf ans de prison seulement, il a écrit à la commission de pourvoi en grâce par l’entremise de Me Erickson Mooneapillay. Il évoque sa vieille mère et sa fiancée dans sa demande de pardon présidentiel. 

Tout laisse croire que du côté de la prison, l’on a objecté à cette demande. Sauf qu’entretemps, la mère et la fiancée sont parties voir le cardinal Maurice Piat et ont réussi à le convaincre d’écrire à la Commission de pourvoi en grâce en faveur de Christopher Perrine.

Le chef de l’église catholique l’a d’ailleurs reconnu à la presse. Il a expliqué avoir envoyé la lettre en avril 2017. Elle était adressée à la présidente de la République d’alors, Ameenah Gurib-Fakim…Il doit sûrement regretter cette correspondance.

Maurice Piat dit aussi avoir demandé à la commission de considérer la pétition du prisonnier sur une base humanitaire. 

A ce stade le président de la République ne fait que recevoir une demande en écrit qu’il transmet à la commission de pourvoi en grâce. Si celle-ci décide de gracier quelqu’un ou pas, le Président peut demander un réexamen, mais il ne peut aller contre la décision de cette commission.

Mais malgré tout, Christopher Perrine n’aurait jamais dû obtenir la grâce présidentielle et sortir de prison en mai 2018. C’est ce que beaucoup se disent après cette affaire. Car il a récidivé une fois sa libération obtenue, il y a quelques mois.

Le vol chez les Aubeeluck a été commis le vendredi 12 octobre. Christopher Perrine a été arrêté trois jours plus tard. Mais entretemps, il a été dénoncé comme étant l’auteur de plusieurs cas de vols. Il a toujours sur lui un gros trousseau de clés, ce qui lui permet de pénétrer facilement chez ses victimes.

D’ailleurs, chez la DCP Aubeeluck, il avait utilisé un pistolet en plastique, un jouet pour enfants, pour effrayer la fille de la haut-gradée. 

Comment a-t-il donc obtenu le pardon ? Sir Victor Glover a jeté le blâme sur la police et tenté de s’abriter, selon les mots de Paul Bérenger, derrière le cardinal Maurice Piat.

Il a indiqué que la commission de pourvoi en grâce n’avait pas obtenu tous les éléments du dossier. Et avait rappelé que même le chef de l’église catholique à Maurice avait plaidé en faveur de prisonnier.

En conférence de presse, le leader du MMM avait trouvé cette parade « dégoûtante et basse ».

Christopher Perrine retourne donc derrière les barreaux. Mais entretemps, ceux qui méritent réellement la grâce présidentielle devront faire plus d’efforts pour l’obtenir.
 

Gerard Chasteau de Balyon, en tant que citoyen et catholique, dans une publication sur les réseaux sociaux, dit ne pas comprendre pourquoi le Cardinal a trouvé bon de soutenir une pétition de pourvoi en grâce pour quelqu’un qui a commis un délit de justice grave. Il conclut dans un poignant cri du coeur : "J’aime à dire que les Saints ont un passé et les pêcheurs ont un avenir."


Rédigé par E. Moris le Vendredi 2 Novembre 2018

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