Société

[Dossier] Le « Monkey Business » à l'île Maurice

Mercredi 13 Février 2019

Si cela vous a peut-être échappé cette semaine, une véritable campagne de communication a été menée par un des plus grands lobbys américains à Maurice. Une couverture médiatique à faire grincer les dents de n'importe quelle association de lutte pour la protection animale.


Le Dr Cindy Buckmaster, présidente de l’association Americans for Medical Progress, experte en recherche biomédicale sur les animaux, est à Maurice depuis deux semaines pour évaluer, "à titre personnel", les conditions de vie des macaques auprès des compagnies affiliées à la Cyno Breeders Association (qui compte 5 centres d’élevages présents dans l’île et dont l'actionnaire principale est le groupe IBL).

Maurice étant le deuxième plus gros exportateur de macaques à longue queue dans le monde après la Chine. Plus de 7 000 individus de cette espèce de singes sont envoyés chaque année dans divers pays, dont l’Amérique et certains pays européens pour des tests médicaux.

Sans surprise, face à la presse, le Dr Buckmaster a défendu son "beefsteak" et le commerce prolifique de ce type de business !

Selon Cindy Buckmaster, présidente également de la Texas Society for Biomedical Research, elle assure que le traitement des animaux est hautement réglementé par des agences internes et externes aux Etats-Unis et en Europe. " Les scientifiques font tout pour s’assurer de la qualité de la vie des animaux", dit-elle. "Un animal stressé et maltraité risque de fausser les résultats". "La population bénéficie des avancées médicales par la recherche sur les animaux au quotidien. « Il y a l’anesthésie, les antibiotiques, de nombreux vaccins et des avancées dans le traitement contre le cancer. »

Un message qui se veut rassurant mais qui n'en est pas moins des plus biaisés. L’exportation des macaques rapporte gros. Elle représente un marché qui dépasse le milliard de roupies chaque année. D'une pichenette, elle a balayé tous les efforts de dizaines voir de milliers d'associations à travers le monde pour dénoncer un système qui est loin de faire l'unanimité.

Cinq compagnies mauriciennes se partagent cette manne providentielle de la nature et sous prétexte que ça fait vivre plusieurs familles en terme de création d'emplois (2000 personnes), les arguments sont infaillibles. Qui plus est avec un atout imparable : une taxe spéciale de Rs 3 750 par singe exporté, versée au National Parks and Conservation Fund. 

Pour la conscience et le respect de la protection animale, il faudra repasser !

Le ministre de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun, dont le talent à céder aux lobbys de toutes sortes est désormais connu, affirme avec les mêmes arguments quand il extermine dans des campagnes d'abattage intensifs une espèce protégée comme la "roussette noire", que ces macaques sont : «  les plus invasives et destructives et est une peste écologique, causant des nuisances aux humains tout en détruisant l’agriculture et la biodiversité »

Depuis 2006, Maurice a exporté environ 90 000 primates vers des laboratoires en Angleterre, en Espagne, en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis, pour des tests pour des produits pharmaceutiques et cosmétiques. 

La liste des entreprises qui exploitent les macaques à des fins de laboratoires :

Bioculture Ltd avec un chiffre d'affaire en 2016 de Rs 462 208 939. Actionnaires : Rogers Corporate Service, Owen et Mary Griffiths, les propriétaires de La Vanille Crocodile Park, et Mary Elizabeth Rountree.

Noveprim Ltd avec un chiffre d'affaire en 2017 de Rs 429 227 000. Avec comme président Arnaud Dalais, président du groupe CIEL. On rapporte qu'un laboratoire américain aurait payé cash près de Rs 500 millions pour acheter 40 % de l'actionnariat du groupe.

Billets d'avion à la mère des siamoises, Noveprim Group élève et exploite des singes

Campêches Ltd avec un chiffre 2017/2018 de Rs 95 779 224.

5 centres d’élevages présents dans l’île, trois sont regroupés au sein d’une association, la CynoBreeders Association qui compte un chiffre d’affaires de Rs 56 938 575. Actionnaires : LCL Cynologics Ltd, dont l’actionnaire principal est le groupe IBL.

Le Tamarinier Ltd avec un chiffre d’affaires de Rs 49 362 061 avec comme actionnaire principal  l’entreprise française CiToxLAB et des entrepreneurs locaux.

En 2006, le ministre de l’Agriculture d’alors, Arvin Boolell, estimait que ce business avait généré $ 20 millions (Rs 600) millions. En 2009, une seule compagnie, Biodia, avait réalisé un bénéfice de Rs 55 millions, selon les comptes publiés par SODIA, du groupe Médine.

Quoiqu'en dise le Dr Buckmaster et ses acolytes, ces entreprises mauriciennes sont souvent épinglées très régulièrement par des ONG sur le plan international mais aussi parmi les médias étrangers comme la BBC, The Guardian, The Times, Le Figaro, Charlie Hebdo ou Il Corriere della Sera, entre autres.

"Chaque année sont exportés dans le monde entre 1 500 et 2 000 macaques en provenance de l’île Maurice, où ces animaux sauvages sont piégés et enfermés pendant des années dans des enclos de ciment et d’acier sans aucun type de végétation, l’objectif est qu’il se reproduisent. "  

Le scandale des macaques destinés à l’expérimentation animale.

[Dossier] Le « Monkey Business » à l'île Maurice
De nombreuses personnalités se sont engagés contre l'exploitation des singes à Maurice, l'acteur portoricain Benicio del Toro mais aussi le musicien et auteur-compositeur interprète de renommée internationale, Moby a participé à une campagne pour mettre en lumière ce business à Maurice. Moby a déclaré :

"Mauritius is famous for its beautiful landscapes and its blend of cultures, so I was shocked to discover the truth about this idyllic island’s horrific trade and export of monkeys for experiments. Please support Save Our Monkeys and call upon Mauritius to end this cruel trade. Monkeys deserve the right to a free and happy life too. "

[Dossier] Le « Monkey Business » à l'île Maurice
Ce marché juteux donne aussi lieu à des braconniers en tous genres. Ils sont ainsi plusieurs milliers à travailler dans l'ombre, loin du regard des autorités avec leurs «bal gouni». Les négociations peuvent aller jusqu'à plus de six milles roupies pour un singe, dépendant de l'âge et l'état de l'animal.

[Dossier] Le « Monkey Business » à l'île Maurice
Par ailleurs, si une campagne au début des années 2000 menée contre les bureaux de Thomas Cook/Air Mauritius et British Airways a conduit ces derniers d’arrêter le transport des animaux destinés à la recherche biomédicale, Air France continue d’exporter les macaques mauriciens en France :

« Air France a fait appel à des experts dans le domaine et est convaincu avec raison que l’utilisation des animaux dans la recherche est primordiale, et que en tant que transporteur aérien, ils ont un devoir moral de continuer à transporter ces animaux et ainsi contribuer à l’avancée de la médecine. »


Research monkey have needles inserted into eyelids before being...

Rédigé par E. Moris le Mercredi 13 Février 2019


1.Posté par Ken le 14/02/2019 15:31
Le problème est simple: la population de singe de Maurice est homogène génétiquement car isoler depuis longtemps: les tests médicaux nécessaires à l’AMD, l’autorisation de mise sur le marché, est la necessité juridique de passer par une expérimentation sur le vivant. Actuellement seule la culture cellulaire permettrait de répondre au problème éthique envers l’animal mais le coût d’obtention des autorisations augmenterai, réduisant mécaniquement le nombre de nouveaux médicament que l’industrie aurait les moyens de développer à terme et augmentant mécaniquement le coût de revient donc de vente des médicaments vers les humains: problème éthique médicale sérieux.
En bref, il revient à chacun de devêlopper un avis en conscience des enjeux pour le bien-être animal et le bien-être de notre espèce : ce n’est pas une question d’argent mais bien de priorités morales et éthiques contemporaines.

2.Posté par Tu Dimoune le 15/02/2019 00:46
Ironic that most of the people profiting from this cruel business are the same self righteous who are quite happy to lecture and admonish others about the environment, animal cruelty and believe that they are morally and intellectually superior.

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