Justice

[Dossier] Affaire Boskalis : Une saga digne de Dallas et des Feux de l’amour

Jeudi 27 Septembre 2018

C’est un procès qui n’en finit pas. Deux anciens hauts cadres de la Mauritius Ports Authority sont poursuivis. L’un pour corruption alléguée et l’autre pour entente délictueuse. Mais il semble que la lumière n’est pas prête d’apparaître au bout du tunnel.


Au plus fort de la Seconde guerre mondiale, alors que l’Angleterre était en mauvaise posture et que les États-Unis poursuivaient leur politique d’isolement, Churchill avait dit : « Ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. C’est peut-être la fin du commencement ! » Dans l’affaire Boskalis, on ne sait toujours pas où l’on en est. En tout cas, on n’est toujours pas à la fin de cette saga. Mais sommes-nous arrivés à la fin du commencement ? 

Cette longue, très longue histoire résulte d’un fax envoyé à Blockbuster Video Network ( BVN), l’entreprise des Chady, évoquant l’achat de films indiens par Boskalis. Pourquoi une firme spécialisée dans le dragage acheterait-elle des films en hindoustani pour le compte de BVN, qui contrôlait à l’époque plusieurs salles de cinéma. C'est un employé qui a fait une copie du fax en question qui a lancé l’affaire. 

La Commission anticorruption initie une enquête. Ses officiers découvre alors que de l’argent a également atterri sur le compte de Gilbert Philippe à Singapour.

Qui est Gilbert Philippe ? Il est un ancien président de la Mauritius Ports Authority et un ancien conseiller au bureau du Premier ministre dans le domaine des affaires maritimes.

C’est lui qui a balancé le nom de Siddick Chady. Ce dernier est arrêté le 5 septembre 2008. 2008, vous ne rêvez pas !

Qui est Siddick Chady
, tout simplement un ancien président de la Mauritius Ports Authority lui-aussi et ancien ministre qui plus est ! Et là, l’Icac apprend que Prakash Maunthrooa aurait joué aux facilitateurs.

Qui est Prakash Maunthrooa ? Un ancien directeur de la Mauritius Ports Authority, un ancien conseiller au bureau du Premier ministre sir Anerood Jugnauth et actuellement conseiller au bureau du Premier ministre Pravind Jugnauth. 

L’affaire a pour origine un contrat de Rs 537 millions que la Mauritius Ports Authority a octroyé à Boskalis pour des opérations de dragage dans le canal Anglais en 2005. De fortes sommes d’argent ont été virées sur les comptes de Siddick Chady et de Gilbert Philippe. L’Icac pense que le contrat et les virements sont liés. 

En 2008 donc, l’on pensait que l’affaire allait être réglée et les ripoux présumés coffrés. Sauf que l’enquête de la Commission anticorruption bute sur l’absence de preuves.

D’autant que Boskalis a sollicité la justice néerlandaise pour que les banques de ce pays ne fournissent aux autorités d’Amsterdam les détails des transferts. Des informations qui sont essentielles à l’enquête. À tel point que l’accusation contre Siddick Chady est rayée en février 2010 par le tribunal de Port- Louis. 

Tout va bien qui finit bien pour les anciens suspects. Sauf qu’en 2012, Amsterdam a enfin accès aux dossiers de Boskalis. L’enquête est de nouveau ON. Gilbert Philippe incrimine Siddick Chady et les enquêteurs recueillent des informations sur le rôle de facilitateur qu’aurait joué Prakash Maunthrooa. 

Siddick Chady et Prakash Maunthrooa sont formellement poursuivis en Cour intermédiaire. Le premier pour corruption et le second pour complicité/entente délictueuse. Il lui est reproché d’avoir organisé une rencontre entre Siddick Chady et un représentant de la firme hollandaise.

De là, les choses s’enchaînent. Deux représentants de Boskalis qui avaient, dans un premier temps, fui Maurice, reconnaissent avoir versé des pots-de-vin à Siddick Chady pour obtenir le contrat. Ils plaident coupables à une accusation de corruption et sont condamnés à une amende. Ils sont ensuite assignés comme témoins dans le procès intenté à Chady et Maunthrooa.

L’affaire est bouclée, est-on tenté de penser. Erreur ! Ils doivent témoigner par visioconférence depuis la cour de Rotterdam. Mais cet exercice va prendre trois ans. Oui, trois ans !

Outre les motions demandant le rejet de tel ou tel détail, établir la liaison entre le Port-Louis et la cour de Rotterdam s’est révélé assez astreignant sur le plan technologique. Cela, alors que des hommes d’affaires communiquent assez facilement avec le monde entier depuis Port-Louis. La situation était telle qu’à un moment, le tribunal néerlandais voulait stopper sa collaboration avec les autorités judiciaires mauriciennes. Il a fallu donc trois ans pour arriver à enregistrer la déposition des deux anciens cadres de Boskalis. 

Cet exercice bouclé, c’est sur d’autres aspects que les avocats de la poursuite (Mes Rashid Ahmine et Jean-Michel Ah Sen) et celui de Siddick Chady surtout, Me Said Toorbuth (famille aux Chady), croisent le fer.

Pour l’instant, ce sont les dépositions de Siddick Chady qui retiennent l’attention. Des représentants du Central CID ont lu les déclarations du prévenu en Cour. Mais Me Toorbuth soutient que ces dépositions ont été consignées par des officiers de la Commission anticorruption et que c’étaient à eux de venir en cour afin d’être contre-interrogés. C’est sur ce point que la magistrate, dont l’avocat  de Siddick Chady voulait qu’elle se récuse au tout début du procès, devra trancher. 

Rappelons que, dans cette affaire, plusieurs certificats de la Royal Bank of Scotland montrent qu’à 12 reprises, des sommes importantes ont été versées du compte de Boskalis au nom de plusieurs boîtes cinématographiques où la compagnie de Siddick Chady achetait des films. 

Dans certains films, la fin surprend toujours. Serait-ce le cas cette fois-ci ?
 

[Dossier] Affaire Boskalis : Une saga digne de Dallas et des Feux de l’amour

Rédigé par E. Moris le Jeudi 27 Septembre 2018

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