Politique

Discrimination raciale : Quid de la place des « Créoles » Maneesh Gobin ?

Dimanche 19 Août 2018

L'Attorney General, l'avocat Maneesh Gobin, s'est presque retrouvé dans le box des accusés à Genève les 14 et 15 août dernier lorsqu'il a présenté le rapport de Maurice au comité onusien pour l'élimination de la discrimination raciale. Il a eu à répondre à des questions sur le « problème créole » mauricien.


C'est le genre de situation où « pile, je gagne » et « face, tu perds » !

Mais l'Attorney General mauricien s'en est tout de même bien sorti. Peut-être pas du point de vue des membres du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale !

Ces derniers ne sont pas dupes et ont vu la pichenette réalisée par le ministre de la Justice. Mais surtout par rapport à la situation à Maurice. Un faux-pas à Genève aurait débouché sur des secousses politiques à Maurice.

Retour sur un numéro de haute voltige...

L'Attorney General et ministre de la Justice et des Droits humains présentait à Genève le rapport de Maurice devant le Comité onusien pour l'élimination de la discrimination raciale.

Il était accompagné de représentants de son ministère ainsi que de cadres de l'ambassade mauricienne en Suisse. Maneesh Gobin devait expliquer les mesures prises par le pays depuis 2013, quand a eu lieu la dernière audition, pour appliquer les dispositions de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

Il faut savoir que le document que l'État mauricien allait présenter à Genève avait été examiné le 23 juillet dernier lors de la cinquième réunion consultative du National Mechanism for Reporting and Follow Up.

Plusieurs ONGs et des représentants des organismes concernés par les droits humains (Commission nationale des droits humains, bureau du Directeur des poursuites publiques et police) étaient présents. Mais une ONG (Affirmative Action) a rédigé un contre-rapport axé sur les discriminations qui, selon elle, perdurent à l'encontre des Créoles.

Le document a été adressé au Comité onusien.

C'est en partie ce qui explique l'interrogatoire musclé auquel Maneesh Gobin a été soumis à Genève.

Les membres du comité onusien n'y sont pas allés de main-morte, questionnant l'Attorney General mauricien sur « la suprématie de certaines castes, dont les Vaishs, dans la politique mauricienne », le fait que Créoles et Franco-Mauriciens soient « rassemblés dans la catégorie 'population générale' », les mesures prises pour améliorer le sort des Créoles « reconnus comme étant considérablement défavorisés »...

Bref, des questions auxquelles les politiciens et responsables ne sont pas souvent confrontés certes ! Mais surtout des questions explosives à l'approche des prochaines législatives.

Alors qu'a répondu Maneesh Gobin ? Ce que toute personne à sa place aurait fait : un discours sur le fait que la pauvreté touche toutes les communautés, s'abriter derrière le seul Créole ayant un poste constitutionnel et s'offusquer que les membres du comité onusien suggèrent un recensement ethnique, qui pourrait affecter l'unité du peuple mauricien.

Sur ce dernier point, il faut souligner que le comité avait évoqué le nombre de « Créoles » qui sont incarcérés. L'objectif était évidemment de faire un parallèle avec la situation aux États-Unis et ailleurs aussi pour expliquer que souvent la composante d'une population la plus pauvre est celle qui est majoritaire dans les établissements pénitentiaires.

Mais un recensement ethnique, qui est pour l'ONU une formalité, équivaut à Maurice à ouvrir la boîte de Pandore.

Rédigé par E. Moris le Dimanche 19 Août 2018

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