Politique

Directeur général de la Commission anticorruption : Pourquoi Navin Beekarry divise-t-il autant ?

Dimanche 19 Août 2018

Depuis son retour à la tête de la Commission anticorruption le 1er juillet 2016, Navin Beekarry fait profil bas. N'empêche qu'il est toujours aussi contesté par les partis de l'opposition.


À l'exception du MMM, à en juger par les propos tenus par les dirigeants des autres formations de l'opposition, ils ne seraient pas foncièrement contre l'institution d'une Task Force pour coordonner les enquêtes sur les personnes mentionnées par Paul Lam Shang Leen et ses assesseurs. Mais c'est surtout le choix de Navin Beekarry pour présider l'instance qui ne passe pas. Sur ce point, il y a unanimité au niveau des formations traditionnels.

C'est ce qui explique les sorties des leaders de l'opposition (Xavier-Luc Duval) et du MMM (Paul Bérenger), samedi, à l'encontre du directeur de la commission anticorruption. Ils ont indiqué que Navin Beekarry « n'inspire pas confiance » et « n'a aucune crédibilité ». Xavier-Luc Duval est même allé jusqu'à utiliser le terme « dhobi de classe » (en référence à la chanson de Jean-Claude Gaspard) pour qualifier la Commission anticorruption.

Si Navin Beekarry est aussi contesté, pour ne pas dire détesté, il faut chercher les raisons durant son premier mandat à la tête de l'Icac. En 2001, après que le ministre Jayen Cuttaree ait été convoqué par l'Economic Crime Office (ECO), le gouvernement MSM-MMM décide de dissoudre cet organisme. Une de ses responsables était trop proche du Parti travailliste, disait-on. L'ECO serait remplacé par la Commission anticorruption.

Mais qui pour diriger un tel organisme ? Les premières personnes approchées refusent. Quelqu'un suggère alors Navin Beekarry, cadre au State Law Office.

Bingo. Sir Anerood Jugnauth connaît la famille. Contacté, il demande un temps de réflexion. Puis accepte l'offre, mais exige certaines conditions surtout concernant les indemnités de départ. S'il restait au State Law Office, il aurait probablement terminé sa carrière comme juge et ne voulait pas être pénalisé sur ce plan. D'autant qu'il était conscient que c'était un siège éjectable ! Alors, en 2002, il prend ses fonctions.

En 2003, éclate l'affaire MCB-NPF ainsi que son corollaire, l'affaire Teeren Appasamy, du nom d'un des bénéficiaires du détournement de fonds. Paul Bérenger est alors vice-Premier ministre et ministre des Finances. Mais surtout son accession au poste de Premier ministre est prévu pour dans quelque mois. Une polémique éclate sur le fait qu'il ait été un des premiers à être informé de la fraude alors que la Banque centrale n'en a été informé que plusieurs jours après. Pire, Paul Bérenger aurait demandé au Premier ministre d'alors, sir Anerood Jugnauth, de ne pas en faire état publiquement à un certain moment.

L'Icac enquête. Et, pour le leader du MMM, il y a eu une cabale sur cet aspect à l'époque pour empêcher son accession au poste suprême. D'ailleurs, il a dit récemment, en conférence de presse, qu'il a objecté à la nomination de Navin Beekarry car il lui reproche « d'avoir prêté foi aux accusations gratuites de Teeren Appasamy » dans le cadre d'une « magouille » en 2003.

Navin Ramgoolam et le Parti travailliste ont, eux aussi, un certain nombre de reproches à faire à Navin Beekarry, dont le fait de n'avoir pas accordé l'attention voulue à un « dossier explosif » sur Prakash Maunthrooa en 2003.

L'actuel conseiller du Premier ministre était alors candidat à une élection partielle au No 7 en vue du remplacement de sir Anerood Jugnauth, qui avait démissionné de l'Assemblée nationale pour devenir président de la République. Partielle remportée par les Rouges. Navin Ramgoolam, alors leader de l'opposition, s'interrogeait sur la suspension du directeur des investigations de l'époque (un certain Roshi Bhadain) alors qu'un « dossier explosif contre le candidat Prakash Maunthrooa » est déposé.
Navin Beekarry n'a pas fait des mécontents uniquement au sein de la classe politique. Parmi les hommes de loi, beaucoup estimaient qu'il n'était pas concevable que le directeur de l'Icac touche plus de Rs 200 000 alors que le salaire du chef juge, pourtant une fonction constitutionnelle, était à l'époque un peu moins de Rs 100 000. En même temps, un style particulier du patron de l'Icac, couplé aux nombreux revers de l'organisme devant les tribunaux ont contribué à faire que Navin Beekarry avait mauvaise presse.

La suite, on la connaît. Navin Beekarry se fait éjecter de l'Icac après que Navin Ramgoolam accède aux affaires. Il se joint ensuite au Fonds monétaire international avant d'aller enseigner à la George Washington Law School.

Depuis qu'il dirige à nouveau la Commission anticorruption, il ne se met pas trop de l'avant. Même si le 9 décembre dernier, il a justifié indirectement son premier mandat à la tête de l'Icac, rappelant que l'organisme avait récolté 217 condamnations pour la période 2002-2016.

Mais en le choisissant pour présider la Task Force, le gouvernement a ramené Navin Beekarry sur les devants de la scène. Et les critiques ont surgi !
 

Rédigé par Administrateur ZinfosMoris le Dimanche 19 Août 2018

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