Politique

Commission d’enquête sur Ameenah Gurib-Fakim : le compte-rendu biaisé de Radio Plus

Mardi 14 Août 2018

Une ancienne présidente de la République convoquée pour être auditionnée par une commission d’enquête présidée par le Puisne Judge Asraf Caunhye, assisté des juges Nirmala Devat et Gaitree Jugessur-Manna, qui se tient à la Cour suprême, c’était l’information à ne pas rater en ce mardi 14 août.


Pour ce faire, il fallait scruter les pages des médias traditionnels, à l’affût de l’arrivée d’Ameenah Gurib-Fakim à la Cour suprême vers 13 h 30.

Aucun mot de l’ex-cheffe d’Etat, ni à son arrivée, ni à sa sortie, bien protégée par des policiers et ses gardes du corps, dont un à la limite d’une agression sur un photographe de presse.

Aucun mot aux médias, mais au moins trois révélations majeures d’Ameenah Gurib-Fakim face à la commission :

1. Ameenah Gurib-Fakim était «esseulée» et «isolée» au plus fort de la crise politico-financière Platinum Card impliquant l’homme d’affaires portugais Álvaro Sobrinho. Ce qui l’a poussée à solliciter les conseils de Maneesh Gobin, ministre de la Justice et surtout Attorney General, premier conseil légal de l’exécutif. Affirmant le «manque de soutien» de Maneesh Gobin, l'ex présidente a affirmé aux juges : «I was left in doubt… I was isolated, left to myself and the sense of isolation from the executive.»

2. C’est ainsi qu’Ameenah Gurib-Fakim dit avoir sollicité sir Hamid Moollan, considéré comme le plus grand avocat mauricien, qui lui a conseillé de demander l’avis du Senior Counsel Yousuf Mohamed, mais c’est l’avoué Gilbert Noël qui lui a suggéré d’instituer une commission d’enquête sur Álvaro Sobrinho. 

3. Une commission d’enquête qu’elle ne pouvait instituer, mais qu’elle pouvait le faire quand même dans sa stratégie. «No you can't, tactically you can», aurait dit Yousuf Mohamed à Ameenah Gurib-Fakim, de l’aveu de cette dernière aux juges Asraf Caunhye, Nirmala Devat et Gaitree Jugessur-Manna.   

Ces trois informations ont été révélées par Ameenah Gurib-Fakim dans l’ordre ci-dessus. À ce moment-là, il était intéressant de savoir comment les médias allaient les traiter, vu la proximité notoire de certains journalistes avec les personnes citées par l’ex-présidente de la République.

En effet, depuis que Pravind Jugnauth avait annoncé l’institution de cette commission d’enquête sur Ameenah Gurib-Fakim, des informations circulaient à l’effet que la démarche du Premier ministre visait à établir et dénoncer l’implication voire salir la réputation de Yousuf Mohamed, qui n’est autre que le père de Shakeel Mohamed, chef de file du Parti travailliste à l’Assemblée nationale.

L’ordre des révélations d’Ameenah Gurib-Fakim a été biaisé par Radio Plus dans son compte-rendu au bulletin de 16 h 30. L’accent a été mis sur Gilbert Noël qui, selon Ameenah Gurib-Fakim, lui a suggéré d’instituer une commission d’enquête sur Álvaro Sobrinho.

Cette suggestion n’a rien de scandaleux, l’avoué a simplement interprété, comme tout juriste peut le faire, l’article 64 de la Constitution et donné son avis sur une requête d’Ameenah Gurib-Fakim (quand Maneesh Gobin avait disparu dans la nature et son «manque du soutien»)

L’article 64 de la Constitution dispose des compétences du président de la République, mais manque de clarté, comporte une «obscurité» (référence à l’article 4 du Code civil mauricien), dès lors qu’il est confronté à l’article 2 et suivants de la Commissions of Inquiry Act. 

À ce moment-là, c’est-à-dire au plus fort de la crise politico-financière Platinum Card, il n’y avait qu’une institution qui pouvait ôter les doutes d’Ameenah Gurib-Fakim sur si elle pouvait instituer cette commission d’enquête sur Álvaro Sobrinho : la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire mauricienne !

Sauf que par marque de procédures et de compétences constitutionnelles, semble-t-il, Ameenah Gurib-Fakim ne pouvait saisir la Cour suprême et a préféré instituer une commission d’enquête. Il revient à la commission d’enquête de dire si Ameenah Gurib-Fakim a violé l’article 64 de la Constitution, mais elle ne pourra entamer de poursuites contre l’ancienne présidente, comme dans le cas de la commission d’enquête sur la drogue. On pourrait aussi avoir d’autres procédures de «judicial review» atterrir devant la Cour suprême. 

Lors de la prochaine audition d’Ameenah Gurib-Fakim prévue mardi 21 août, les retombées, les suites à donner aux recommandations de la commission sont autant incertaines que burlesques, en droit et en fait. 

Alors que le compte-rendu de Radio Plus est biaisé à plus d’un titre, quand il met l’accent sur l’avoué Gilbert Noël et temporise sur Yousuf Mohamed et sa désormais fameuse réplique «No you can't, tactically you can», et surtout en occultant complètement la «non assistance» de l’Attorney General Maneesh Gobin à l’égard de sa présidente Ameenah Gurib-Fakim, qui est un acte lâche et extrêmement grave !

Peut-être que la déontologie de Radio Plus a ses raisons que la raison, voire le droit, ne connaissent pas !

Rédigé par E. Moris le Mardi 14 Août 2018

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