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Politique

Cher Jeremy Corbyn, Pravind Jugnauth aussi est «in office but not in power»


Rédigé par E. Moris le Samedi 25 Mai 2019

Au lendemain des larmes de joie de la victoire de Narendra Modi en Inde, celles de Theresa May devant le 10 Downing Street à la fin de son discours de démission rappellent les larmes d’Anerood Jugnauth passant la main à son fils Pravind en janvier 2017.



Trois pays ayant un régime parlementaire, trois chefs de gouvernement, trois destins. Trois politiciens aussi qui se rencontrent de temps en temps et qui se nourrissent les uns les autres, que ce soit politiquement ou économiquement, voire géo-politiquement. 

À commencer par Pravind Jugnauth qui, pour justifier son accession au poste de Premier ministre après la démission de son père et sans passer par les urnes, s’était appuyé sur le régime parlementaire westministérien. Rien d’illégal, juste une question de légitimité. À l’époque, la référence à Theresa May remplaçant David Cameron au 10 Downing Street était toute trouvée.

En 2015 David Cameron, Premier ministre sortant qui briguait sa propre succession, ne voulait pas que la campagne des législatives soit galvaudée par les clameurs anti-européennes venant des prophètes de malheur comme Nigel Farage, pourtant euro-député depuis 20 ans, ou encore le maire de Londres Boris Johnson, pourtant du même parti conservateur que David Cameron.

David Cameron avait un bilan à défendre, un bilan évocateur même ! Il a su mener à bien la résilience de l’économie anglaise au sortir de la crise états-unienne des subprimes, laquelle, par effet boule de neige, a impacté plusieurs économies et places boursières à travers le monde. Partant, au niveau de l’Union européenne, la discipline budgétaire devait être renforcée. Un troisième clou est ajouté aux critères de Maastricht, d’où l’argument de l’austérité économique dont se nourrissent depuis les extrémistes, de droite comme de gauche, qu’on appelle affectueusement les populistes.

En politique, un fin stratège ne va pas en guerre sur un terrain inconnu. Au contraire, il choisit minutieusement le théâtre des opérations et les armes, qu’il utilisera et que ses adversaires devront utiliser bien malgré eux. David Cameron est de ces stratèges-là. Ne voulant pas de débats sur le Brexit durant la campagne législative de 2015, il avait promis d’organiser un référendum une fois réélu, de donner ainsi au peuple l’occasion de se prononcer sur la question en temps voulu. 

L’histoire retiendra que ce n’était qu’une accalmie avant la tempête de 2016. Farouchement anti-Brexit, après avoir conclu un accord avec Bruxelles pour plus d’autonomie et mené campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, David Cameron démissionne comme Premier ministre après un « oui » à 51,9 %. 

Theresa May lui succèdera au 10 Downing Street après avoir été adoubée par les Tories. Rien d’illégal, comme pour Pravind Jugnauth, sauf que pour la seconde femme devenue Première ministre, après Margaret Thatcher, il fallait qu’elle soit légitime aux yeux du peuple, d’une part politiquement, d’autre part afin de mener à bien le Brexit. Elle a pu remporter largement les législatives de juin 2017, devenant ainsi une Première ministre légitime, mais n’a pas pu trouver un accord par trois fois avec la House of Commons, d’où sa décision de démissionner afin de laisser la place à un autre chef de gouvernement de continuer à négocier avec Bruxelles et les députés.

Chaque semaine à la House of Commons, à l’heure des questions à la Première ministre, les questions et les réponses sans concession entre Theresa May et Jeremy Corbyn, arbitrées par le sémillant Speaker John Bercow, ont donné lieu à des joutes qui resteront dans l’histoire de la politique britannique. Que ce soit devant les députés ou dans les débats publics, le chef de l’opposition et du Labour Party a pu, depuis deux ans, donner tout un sens à sa fameuse réplique : 

«Theresa May is in office but not in power. »

Après la démission de Theresa May, Jeremy Corbyn, très actif sur les réseaux sociaux, a publié une vidéo dans laquelle il a martelé : «We don’t just need another unelected Tory leader, we need a general election and a change of government. Let the people decide our country’s future. »

Les oreilles de Pravind Jugnauth, qui vient de rencontrer Jeremy Corbyn, ont dû siffler après cette déclaration. Surtout quand l’on sait que Jeremy Corbyn, un extrême-gauchiste critiqué par les cadors travaillistes pour avoir tiré à gauche un parti réformé et recentré par Tony Blair dans les années 1990, qui ne formule que des critiques mais n'apporte pas de solutions, et qui reste très flou sur le Brexit, mais qui a été élu démocratiquement leader du Labour par les membres du parti, et non sur un coin de table par papa !

Pravind Jugnauth a aussi dû être gêné par la démission de Theresa May, qu’il vient de rencontrer aussi, qui n’a pas pu unir un peuple et un parti plus que jamais divisés. Cette même Theresa May sur laquelle il a pris appui pour justifier sa place au bâtiment du Trésor.

Et certainement, au fond de lui, Pravind Jugnauth a dû jalouser Narendra Modi qui a été plébiscité par son peuple et mené son parti vers une majorité absolue à la Lokh Sabha, dans un pays qui compte 900 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales, dont 65 %, soit 585 millions, ont voté aux dernières législatives.

Un Narendra Modi, malgré un bilan économique catastrophique, qui a nourri le culte de la personnalité, profité d’un attentat survenu en février au Cachemire indien qui a fait 37 morts chez les paramilitaires indiens et réduit une campagne législative à un choix offert aux électeurs : c’est soit le terrorisme, soit Narendra Modi !

Pour les prochaines législatives, Pravind Jugnauth essaiera de confectionner un bilan à défendre, surtout pas sur le plan économique, et faire oublier qu’il a été «in office but not in power».

À coup sûr, les larmes couleront sur les plastrons...



1.Posté par maurice de lisle le 28/05/2019 11:11
oui enfin pravind est un elu,
et ce choix de pinocchio par son pere aurait pu passer par un vote des parlementaires, et lepep majoritaire aurait designé pinocchio..
il y a des choses plus urgentes et graves a traiter a moriss
ne serait ce que l expulsion d etrangers devenus moriciens pour cause de deces du conjoint
sans tenir compte de la famille et de l apport
HEUREUSEMENT on s est revolté pour cette femme d origine malgache .

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