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Opinion

[Billet d'humeur] Les turpitudes de Subhasnee...


Rédigé par E. Moris le Dimanche 15 Août 2021



[Billet d'humeur] Les turpitudes de Subhasnee...
« Qui aime bien châtie bien ». Avouez qu'il est bien pratique, ce proverbe ! Tout adulte qui, face à un enfant rétif, perd son sang-froid, s'en prévaudra infailliblement pour justifier que, cédant à sa colère, il lui ait administré une bonne correction : « Qui aime bien châtie bien ! » Tu vois, c'est pour ton bien que je t'ai rossé, c'est la preuve que je t'aime !

Sauf qu'il n'est pas dans nos habitudes de jouer aux hypocrites et de faire dans le politiquement correcte. On laisse le soin aux petits flics et des bien-pensants. Il aurait été facile de laisser cette novice en politique faire le divertissement pour que nos regards ne s'attardent pas sur les scandales de l'Etat. Mais la gifle est ici donnée sans état d'âme avec une belle générosité dans le geste. Les médias qui ont acquis la liberté d'expression, ne peuvent en aucun cas devenir des censeurs de la démocratie pour faire plaisir aux détracteurs de la liberté sous toutes ces formes. 

Légitimer des hurluberlus qui brandissent leur ralliement à un parti politique en maintenant le public dans l’ignorance et la bêtise, et en l'encourageant à se complaire dans la médiocrité est-ce acceptable? Lorsque la députée Subhasnee Luchmun Roy, ancienne Djette radio, dont les faits d'armes ont fait sa réputation, fait la leçon chaque semaine aux vétérans en politique ou à la presse, c'est la version des Anges de la téléréalité.

Selon ses dires, les personnes qui s'en prennent à la "bonne réputation de notre île", surtout vis-à-vis de la presse internationale, sont des "anti patriotes", qui font tout pour salir l’image de Maurice au niveau international. « Surtou kan zot al tap la port BBC et bann lezot media ».

Les turpitudes de cette charmante députée, plus habituée à brasser de l'air que de réfléchir avec ses neurones, font le bonheur de certaines rédactions. Tel est pris qui croyait prendre. Les palabres dont elle est si friande vont bon train. Mais corrigeons d'abord cette insolente, qui ira très certainement par la suite pleurnicher auprès de son conseiller si "spécial".

Rappelons lui, qu'il n'est pas utile de taper aux portes des médias étrangers. Qu'à l'ère du numérique, les informations circulent. Que les observateurs et régulateurs à l'étranger observant la dérive dangereuse de l’Information and Communication Technologies Authority (Icta), de vouloir freiner la liberté d'expression à l'île Maurice par le biais de l'Etat, n'ont pas attendu que les rédactions de presse ou les citoyens soient bâillonnés pour faire part de leurs inquiétudes. Plus d’une cinquantaine d’organisations et associations internationales à travers une correspondance ont envoyé unanimement un réponse cinglante au gouvernement mauricien. Que la presse indienne et africaine, n'hésite pas à dénoncer le secteur offshore mauricien tout comme le sort de Agaléga comme base militaire. Que le pays n'est pas sur une liste noire, rouge ou jaune par hasard.

Quand un régime devient autocratique et sourd, c'est un devoir d'alerter l'opinion internationale, rappelle un ancien journaliste 

Le choix de libérer la parole est loin d'être aisé, il faut résister aux assauts de quelques gourous aux ambitions politiques ou des nouvelles recrues politiques reconverties, en véritable "talibans", qui continuent ouvertement de faire perdurer une situation insupportable. Subhasnee Luchmun Roy est parfaitement représentative et nécessairement complice de la dictature qui s’instaure progressivement dans notre pays, et dont l’un des symptômes les plus flagrants consiste à museler des courants d’opinion qui ne vont pas dans le sens de la doxa dominante.

Le fait est que notre liberté d’expression, pilier de toute démocratie, est plus que jamais menacée. Au lieu de la défendre, certains élus ou journalistes s’en accommodent, avec une lâcheté déconcertante. Ils feraient mieux de se demander à qui cela profite, et de se projeter dans l’avenir afin d’appréhender la gravité de ce qu’il se passe à Maurice, au lieu de songer à leur compte en banque ou de s'agenouiller devant leur leader. L'argent achète tout, même une conscience, si seulement il pouvait acheter un cerveau.
 

Dimanche 15 Août 2021