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Un autre regard

[Alexandre Laridon] Provocation et ajournement dilatoire !


Rédigé par Alexandre Laridon le Lundi 11 Mai 2020

Juriste de formation et jeune observateur de la vie politique, Alexandre Laridon aborde souvent sur divers sujets d’actualité en tant que chroniqueur dans la presse locale et régionale.



La population a eu droit à un énième épisode « sap lor kal » de notre cher Speaker de l’assemblée nationale lors de la reprise parlementaire du mardi 5 mai 2020.

Une séance fidèle à ses habitudes avec l’expulsion de Paul Berenger, le leader du MMM, suite à un commentaire de ce dernier quand le speaker lui avait demandé de réitérer ses propos – c'est-à-dire le terme « malelvé » – à son encontre s’il en avait le « courage ».

Chose que le leader du MMM n’hésita pas quand il fut provoqué de « repeat it ! ». Pour rappel, cet accrochage survint après que l’on ait coupé la parole au député Uteem pour laisser parler la Chief whip du gouvernement. Ce qui poussa évidemment au fameux ‘walk-out’ de tous les députés de l’opposition en solidarité avec le MMM.
 
Alors que l’assemblée nationale qui siégea à nouveau, et pour la première fois un mardi, après plus de six semaines d’ajournement avec une reprise unique et particulière – le pays étant toujours en couvre-feu sanitaire – plusieurs questions pertinentes étaient à l’agenda après la PNQ du Leader de l’Opposition.

Des questions dont la population demandait à avoir tout simplement des réponses principalement dans le contexte actuel. Malheureusement, la plupart de ces questions resteront en suspens dû à l’attitude indigne du président de la chambre qui s’est conduit en harangueurs embusqués, en d’autres mots comme un gros mal élevé. Ce qui confirme, avec ses prises de bec démesurées, qu’il ait une attention plutôt particulière pour l’opposition que pour la majorité, tel un borgne surveillant leurs moindres faits et gestes d’un seul œil.
 
Le comble c’est que la prochaine séance parlementaire a été ajournée pour ce mercredi 13 mai 2020.

Une séance qui verra la présentation du Covid-19 Bill en première et deuxième lecture. Ce qui signifie qu’il n’y aura pas de « parliamentary questions » une fois de plus puisque la séance ne se tiendra pas un mardi comme stipulé dans le Standing Order 22 (2) qui précise que « Questions shall be put only at Tuesday sittings… ».

Alors que des sujets d’urgences et d’intérêt national attendent explications et clarifications, il semble que ce petit jeu d’ajournement des travaux, qui dure depuis quelques années déjà et dont la prérogative revient au Leader of the House, qui est le Premier ministre, ne s’arrêtera pas de sitôt.

De telles tactiques dilatoires et pour le moins persistantes s’avouent sans aucun doute à un mépris de la démocratie parlementaire afin d’éviter la séance des questions-réponses du mardi alors que les membres de l’opposition ont la charge et la responsabilité d’exercer ainsi leur fonction de contrepouvoir et de contrôle législatif face à un gouvernement et à son Premier ministre omnipotent.
 
Cette absence de « checks and balances » institutionnels au sein du berceau de notre démocratie devient, pour le coup, inquiétant tant le parlement semble s’être transformé en « rubber stamp » de l’action gouvernementale. Elle est malheureusement devenue aujourd’hui une foire où les railleries, la partisanerie et des remarques désobligeantes ont pris le dessus sur les règles de conduite honorable.

Dans tout Parlement respecté et respectable du type westministérien, le Speaker a pour rôle d’être l’arbitre des conflits entre le gouvernement et l’opposition en veillant à ce que l’immunité parlementaire de tout un chacun n’empêche pas la libre expression de l’opinion de l’autre. Il devrait pouvoir exercer son autorité dans la fermeté avec impartialité et équité afin de sauvegarder le droit d’expression de tous les membres élus de notre hémicycle. Du haut de son piédestal, il doit être capable de prévenir les démarches irrationnelles de la majorité, les réactions disproportionnées des uns et des autres et toute surenchère belliqueuse. Ce qui n’est visiblement pas le cas.
 
Avec tout ce spectacle de cacophonie sous la houlette d’un chef d’orchestre qui n’arrive pas à assurer sa fonction dans le respect avec les hurlements d’expulsion et un premier ministre qui a non seulement droit de vie et de mort sur le parlement à travers sa prérogative de dissolution, mais également à travers la maîtrise de l’agenda parlementaire, il est clair que nous avons un dysfonctionnement au sein de notre système démocratique qui est dépassé !

Comment est-il possible qu’en 2020 nous ayons toujours une seule séance parlementaire par semaine ?

Alors qu’en Angleterre, le « House of Commons » se réunit du lundi au vendredi à des heures spécifiques, stipulées dans leur « Standing order ». Pourquoi avoir un seul jour par semaine dédié aux questions-réponses ?

Et si chaque ministre pouvait répondre aux questions des députés de l’opposition plus d’une fois par semaine selon un rota comme le fait le parlement britannique appelé « the order of oral questions » ?!

Nous qui faisons souvent référence au modèle britannique ne pouvons continuer à invoquer la nature westministérienne de nos institutions pour cautionner la faiblesse de notre assemblée nationale qui est supposée être un haut lieu où nos élus des deux côtés de la chambre devrait pouvoir débattre dans le calme et la sérénité ; parce que voyez-vous, nous en sommes malheureusement encore bien loin de là !
 
 


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