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Un autre regard

[Alexandre Laridon] L’affaire St-Louis : Un jeu masochiste dangereux !


Rédigé par Alexandre Laridon le Vendredi 3 Juillet 2020

La séance du mardi 30 juin 2020 aura été tout sauf une séance parlementaire « normale », terme très utilisé ces temps-ci pour décrire le contexte sociale et économique de l’après Covid-19.



Avec la deuxième PNQ du leader de l’opposition, le Dr. Arvin Boolell, consacrée à l’affaire St Louis, il était clair que la séance allait avoir lieu dans une atmosphère électrique, surtout après la révocation de M. Collendavelloo le vendredi précédent - avec une deuxième couche rajoutée par l’opposition sur toute l’opacité autour du fameux rapport, document ou lettre de la Banque Africaine de Développement (BAD) dont détient à ce qu’il paraît, le Premier ministre. 

Même si le leader de l’opposition a insisté auprès du Premier ministre pour déposer ce fameux document à l’assemblée nationale dans un souci de transparence, ce dernier n’a malheureusement pas cédé en déclarant que « I must thank the African Development Bank for having at least communicated to us a summary of their anti-corruption report, and they have expressly stated that it is for personal and confidential use. ».

Mais là où le bon sens est remis en question par l’opinion publique, après tout ce cinéma au sujet de ce bout de papier incendiaire, c’est le fait que le Premier ministre ait, semble-t-il, montrer les détails à l’ex-No 2 avant de lui demander de « step down ». Chose que ce dernier, rappelons-le n’aurait pas accepté d’où la raison de sa révocation. D’ailleurs, l’ancien premier ministre adjoint en a même affirmé avoir pris connaissance de ce document dans lequel est cité, selon ses dires et celui du Premier ministre, d’autres noms proches des cercles politiques dont celui du leader du MMM, Paul Bérenger. 

Si la confidentialité - terme défini par l’Organisation internationale de normalisation comme étant de l’information accessible qu’à ceux dont l’accès a été autorisé - était une des conditions pour avoir une once de détails du fameux rapport d’enquête de l’« Office of Integrity and Anti-Corruption » de la BAD; Pourquoi donc avoir laissé à l’ancien Premier ministre adjoint le soin de jeter un œil sur ledit rapport comme il en a affirmé durant sa conférence de presse du vendredi 26 juin 2020?

Et ce n’est pas tout !  Après la suspension de la PNQ sur le St-Louis Gate de mardi dernier, le député de la majorité, Bobby Hurreeram avait déclaré lors d’un point de presse le même jour, que soi-disant « c’était un plan orchestré de l’opposition » pour « dédouaner Paul Bérenger qui est trempé jusqu’à la gorge ».
"Question donc - Sur quel document s’est-il appuyé pour venir insinuer de tel propos ? "
Est-ce que le ministre des infrastructures publiques aurait pris connaissance de ce rapport de la BAD qui est supposément un document confidentiel, afin de pouvoir venir dire aussi ouvertement des propos aussi forts pouvant porter atteinte à la réputation de l’ancien Premier ministre Paul Bérenger ?

De plus, l’attorney général ne semble guère venir arranger les choses quand il vient combler encore plus le doute sur les ondes de Radio Plus le lendemain quand le député Reza Uteem lui demanda s’il avait vu le document avant de venir jeter de la boue sur le leader du MMM ?

L’expression sur le visage du ministre et son silence à ce moment-là en disaient long, surtout quand il déclara à plusieurs reprises qu’il fallait laisser à l’ICAC faire son travail. 

Sauf qu’à ce jour, personne ne croit dans la volonté de la commission anticorruption à venir faire la lumière sur tout ce scandale de la station St Louis ; surtout quand l’organisation a une réputation de prendre tout son temps quand il s’agit d’une affaire qui concerne un membre du gouvernement ou un proche du pouvoir.

D’ailleurs, l’«Eastern And Southern Africa Anti-Money Laundering Group» (ESAAMLG) en avait fait état dans son “Mutual Evaluation Report” de juillet 2018 en y ajoutant que « the number of cases taken to court and conviction secured  [by ICAC] are relatively low ». Ce qui pourrait être une des raisons pour lesquelles la BAD n’aurait pas accédé à la requête de l’ICAC qui voulait évidemment avoir une copie du rapport d’enquête. 

Là où cela semble compliquer encore plus la logique autour de l’accès à ce rapport, incriminant certains protagonistes, est la réponse d’un certain Alan Bacarese le 14 juin 2020 suite à un email de l’honorable Shakeel Mohamed dans laquelle il est mentionné que « the reports cannot be shared even with our shareholders [dont fait partie l’île Maurice] because the reports are not conclusive of any due process rights » tout en insistant que « the sharing of such material with third parties could violate due process rights”.

De quoi rendre toute ces allégations de corruption et de pots de vins encore plus perplexes surtout quand l’on voit l’ex DPM - révoqué - aux côtés du Premier ministre, tout souriant dans une fonction officielle à ébène… Du jamais vu !!! 

Que se cache-t-il vraiment dans ce rapport ? Pourquoi ne pas « come clean » et déposer le rapport que le Premier ministre semblait brandir fièrement à l’assemblée nationale mardi dernier ? Pourquoi avoir lâcher le nom de Collendavelloo et de Bérenger uniquement alors qu’il y ait supposément une enquête de l’ICAC en cours ?

Assistons-nous là à une attaque politique malsaine qui pourrait avoir un impact conséquent sur la réputation du pays alors que nous essayons par tous les moyens de nous sortir de la liste noire de l’Union européenne ? Jusqu’où ira ce petit jeu masochiste ? Affaire à suivre… 

A propos de l'auteur : Juriste de formation et jeune observateur de la vie politique, Alexandre Laridon aborde souvent sur divers sujets d’actualité en tant que chroniqueur dans la presse locale et régionale.


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