Régions Océan Indien

Agaléga : Namasté India

Vendredi 26 Octobre 2018

C'est à la suite d'une question parlementaire que mardi dernier, la ministre des Collectivités locales, Fazila Jeewa-Daureeawoo, a jeté un pavé dans la mare en laissant entendre que l’Inde n’aura pas besoin de permis d’Environment Impact Assessment (EIA) pour la construction d’une jetée et d'une piste d’atterrissage de trois kilomètres à l’île du Nord.


Les Indiens débarqueront à Agalega le mois prochain pour préparer le terrain avant le début des travaux prévus en février, mais sans permis EIA !

Une décision que déplore Aadil Ameer Mea, député de l'opposition sachant que la faune et la flore de l’île sont très riches. Il se demande pour quelles raisons les travaux, supervisés par le constructeur Afcons Insfrastructure Ltd, sont exemptés de mesures de protection pour la biodiversité et l'écosystème de l’île.
 
Le gouvernement mauricien aura-t-il vraiment le contrôle sur les travaux entrepris dans l’île ? Est-ce que les 18 millions de dollars prévus par l’Inde seront suffisants ? À ce stade, le gouvernement mauricien n’en sait rien. 

Des questions sans réponse continuent d'entretenir le flou. Lorsqu'on demande de la transparence sur les modalités de ce crédit. Déclaration de Mahen Jhugroo, ministre responsable des îles éparses et Collectivités locales :
« C’est au Premier ministre de décider si les accords entre Maurice et l’Inde sur Agaléga doivent être rendus public ou non ! » 
N’empêche que les zones d’ombre demeurent. Hormis la piste d’atterrissage et la jetée qui nécessiteront des investissements colossaux. Pourquoi injecter de telles sommes d’argent dans des infrastructures sur une île qui compte 280 habitants ?

L'Inde, ce n'est un secret pour personne, tout comme la Chine, cherche à accroître son influence dans l'océan indien, une région où New Delhi a des intérêts économiques et sécuritaires. Les indiens ont d'ailleurs déjà installé une base militaire aux Seychelles.

Du côté de la Grande péninsule, on affirme que les infrastructures agaléennes seront utilisées à des fins hydrographiques.

L’Inde chercherait-elle du pétrole ? Les raisons officielles mises en avant pour justifier la présence indienne dans la région : la présence de pirates somaliens, de trafiquants de drogue ou encore de braconniers.  

Plus troublant, Pravind Juganauth n’écarte pas la possibilité d’autoriser l’atterrissage des avions militaires tout comme les avions civils. 

La classe politique et les médias mauriciens s'interrogent sur la présence indienne dans l'Océan Indien et de ces "dons" de l'Inde par milliards. A juste titre ! L'Inde a aligné un chèque de Rs 12 milliards pour l'avancement du Métro Express et autres projets en cours à Maurice.

Le gouvernement mauricien est-il en train de brader Agaléga à l'Inde juste pour obtenir un ou plusieurs prêts ? Pravind Jugnauth va t-il faire ce que SAJ avait reproché à SSR : vendre Diego à Londres pour obtenir l’indépendance.

Dans le même temps, des observateurs s’accordent à dire que les services rendus par l’Inde à Maurice, notamment en matière de développement des infrastructures, auront un coût. Face aux spéculations, le chef du gouvernement a déclaré : "Maurice ne cédera pas sa souveraineté aux Indiens".

Pour découvrir un autre projet qui intéresse l’Inde de près, il faut se rendre à Albion. Des négociations en cours au sujet d’une plateforme pour le "bunkering" de produits pétroliers. Le but étant d’approvisionner des navires mauriciens, mais aussi indiens. Pour rappel, l'Inde a financé le projet d'un institut océanographique à coup de millions à Albion. Un parc marin près d'une plateforme pétrolière !

Rédigé par E. Moris le Vendredi 26 Octobre 2018